Les vignes des Feuillants sous la Révolution

Au moment de la Révolution, les Feuillants1 avaient une des plus importantes surfaces en vigne de Fontaine. En dehors de leur enclos, ils étaient à la tête d’un clos, aux champs d’Aloux, d’une superficie de 2 journaux et six quartiers, ce qui en faisait le plus grand clos de Fontaine. À ce clos, s’ajoutaient un quartier aux Bois, 5 quartiers aux Crais Barbey, 3 quartiers aux Combottes et 3 autres aux Créots2 soit, en tout, près d’1,5 hectares3 sans compter les vignes de leur enclos. Après avoir constaté, au début du mois de juin 1790, que ces vignes, nationalisées le 2 novembre 1789, étaient complètement négligées et ainsi se détérioraient et perdaient de leur valeur, le maire de Fontaine, Bénigne Arlin, invite les religieux à les faire cultiver sans retard4. Les Feuillants répondent qu’ils refusent de continuer la culture de leurs vignes car ils n’ont pas pu les louer à un vigneron. Ils ont bien tenté de commencer à faire cultiver par eux-mêmes mais ils ont arrêté faute de ne pas récupérer l’argent avancé5. De plus, n’ayant rien reçu des pensions fixées par l’Assemblée nationale, ils n’ont déjà pas d’argent pour payer leur subsistance donc encore moins des ouvriers. Ils font donc abandon desdites vignes, non sans rappeler que la Nation s’en est emparée alors qu’elles avaient été acquises, en grande partie, grâce au fruit de leur épargne… Le district indique alors à la municipalité de les donner à bail. Mais qui voudrait louer des vignes dans un tel état à quelques semaines des vendanges s’interrogent les édiles de Fontaine? Ces vignes n’ont pas été fossoyées, c’est-à-dire que rien n’a été prévu pour en replanter une partie, les empêchant ainsi de pouvoir se renouveler. De plus, les paisseaux (échalas) font défaut, et les coups de labour ou meille, du nom de la sorte de pioche utilisée, n’ont pas été effectués. D’après les estimations des experts municipaux, le préjudice s’élève à 186 livres6. Selon eux, la seule solution est de faire bêcher et enlever les mauvaises herbes au frais du trésorier du district, qui se remboursera de cette avance, avec l’argent provenant de la mise aux enchères des raisins sur pied, huit jours avant les vendanges7. Les archives n’ont pas conservé la trace de ces vendanges et, quelques mois plus tard, le 2 mars 17918, toutes les vignes et l’enclos des Feuillants sont acquis aux enchères par un homme de lois dijonnais, Charles Alexandre Enguerrand.

Le premier souvenir de la Guerre de 1914-1918 de Jeanne Lelièvre

Le premier souvenir de la Guerre de 1914-1918 de Jeanne Lelièvre1

« J’avais dix ans, et j’ai vu arriver aux Carrois un régiment qu’on appelait les tringlots. Ils conduisaient des chariots tirés par de beaux chevaux, réquisitionnés la veille sans doute. Il faisait très chaud en ce début du mois d’août et les bêtes avaient soif. Il était facile de les mener au puits mais elles étaient en sueur et l’eau glacée a été mortelle pour trois d’entre eux. J’en ai vu tomber un beau gris pommelé au milieu de la rue. J’ai pensé à son propriétaire qu’il avait peut-être quitté la veille. On les a conduits à la carrière des Portefeuilles où ils ont été enfouis dans la chaux : c’est mon premier souvenir de la guerre de 14. »

C’est ainsi que dans un manuscrit2 Jeanne Lelièvre raconte les premiers jours de la Grande Guerre. Les tringlots désignent les soldats de base de l’arme du train. Au début du conflit, la force de traction reste encore majoritairement celles des animaux de traits, surtout pour la logistique. En période de paix, les armées entretiennent un nombre réduits de chevaux. Avec la guerre, il faut réquisitionner. La petite fille pense aux propriétaires des chevaux car l’ordre de mobilisation du 2 août 1914 parvient au moment des moissons et, dans un village où la majorité des habitants vit encore de la terre, la réquisition des chevaux désorganise le travail et le transport, d’autant qu’il y a moins de bras, puisque les hommes valides partent. L’enfant, qui appartient à une famille de vignerons, est émue car elle connait l’attachement sincère des propriétaires à leurs animaux.
À Fontaine, en août 1914, ce sont les harnachements qui ont été réquisitionnés pour le service de l’artillerie, pas les chevaux. 31 harnachements comprenant harnais, objet de sellerie et ferrure ont ainsi été récupérés par l’armée française. Dès la mobilisation, le 3 août 1914, les cultivateurs furent tenus de fournir le fourrage (foin, paille, avoine) destiné à l’alimentation des bêtes. Ils le firent à hauteur de 11,5 tonnes si bien qu’au mois de décembre, il n’y avait même plus de paille pour le couchage des hommes en cantonnement à Fontaine. Il fallut en acheter. Quant aux chevaux, ils ont été réquisitionnés avec une voiture et parfois un conducteur à la journée ou à la demi-journée, d’octobre à novembre 1914, pour une batterie d’artillerie3.
Au cours du conflit, si le cheval disparaît rapidement des champs de bataille avec le progrès des engins motorisés, son emploi, dans la logistique, reste significatif car il est irremplaçable sur les terrains boueux ou accidentés pour transporter le ravitaillement, les munitions et tirer les pièces d’artillerie. Le cheval sert aussi à tracter les ambulances.
Pendant la Première Guerre mondiale, les conditions de vie pour les chevaux ont été difficiles sur le front où ils ont été décimés par l’artillerie, les gaz, les maladies et la faim. Le souvenir de Jeanne Lelièvre rappelle aussi que le cheval est un animal naturellement vulnérable. Les trois chevaux sont morts de coliques d’eau, causées par l’absorption trop rapide d’eau froide, alors qu’il faisait très chaud et qu’ils venaient de fournir un effort. En France, les chevaux ont ainsi payé un lourd tribut au cours des quatre années de guerre : plus de 750 000 bêtes ont perdu la vie pendant le conflit.

Vœux 2019

Cliché Jacky Boilletot (2018).

 

 

Les Amis du Vieux Fontaine vous présentent leurs meilleurs voeux pour l’année nouvelle.
Que cette cloche de monastère fixée sur le mur sud de la maison natale de Saint-Bernard depuis plus de 100 ans carillonne le bonheur et la paix pour 2019.

Assemblée générale des Amis du Vieux Fontaine

Nous avons le plaisir de vous inviter à participer à l’assemblée générale ordinaire de notre association qui se tiendra au Centre d’Animation Pierre Jacques, 2 rue du Général de Gaulle, à Fontaine-lès-Dijon, le vendredi 18 janvier 2019 à 18 h.
L’ordre du jour sera le suivant : Accueil, présentation du rapport moral et du rapport d’activité de l’association par la présidente, présentation du rapport financier par le trésorier, orientations et projets des avf, questions diverses.

Retour en images

Exposition Fontaine-lès-Dijon, regards d’artistes.

Organisée à la bibliothèque municipale par les Amis du Vieux Fontaine, au mois de décembre, cette manifestation voulue par Marie-Jo Leblanc a joliment illustré la puissance des images.

 

Animations pédagogiques

École Notre-Dame. Commémorations de l’armistice de 1918 autour du monument aux morts. (Cliché Nicolas Leblanc, Sigrid Pavèse)

Visites guidées

 

Le sort des appellations d’origine à Fontaine-lès-Dijon

Source : Ministère de l’agriculture, service du cadastre viticole, Recensement général du vignoble, 1961.

Au milieu du XXe siècle, la viticulture à Fontaine était encore suffisamment importante pour qu’en 1951, la commune de Fontaine soit retenue comme pouvant être étudiée au sujet d’une ou plusieurs de ces appellations : « Bourgogne », « Bourgogne ordinaire ou grand ordinaire », « Bourgogne-passe-tout-grains », « Bourgogne aligoté », sous réserve que les usages locaux et les conditions auxquelles devront répondre les vins viennent confirmer ce choix[1].

Le maire, Léonce Lamberton, est donc invité par le secrétaire de la commission des appellations, à rechercher dans les anciens registres de déclarations de récoltes, les climats ou lieudits, le numéro des parcelles, la superficie et les quantités de vin déclarées sous chacune de ces appellations, depuis la promulgation de la loi de 1919.

Le maire répond à cette demande, en indiquant, qu’avant 1939, quelques appellations « Bourgogne Grand Ordinaire » ont été prises, de façon épisodique, par un petit nombre de producteurs.

De fait, à la Belle Époque, de « grands ordinaires » fontainois ont remporté des prix à des concours, organisés notamment à Paris[2] et, en 1924, le conseil municipal accepte de participer aux frais de procès devant le tribunal civil de Dijon relatif à l’appellation d’origine Bourgogne à donner aux vins récoltés dans la commune[3].

Le maire ajoute que pendant la guerre de 1939-1945, pour éviter, dans la mesure du possible, les réquisitions, il a été de nouveau, mais de façon modérée, fait usage de l’appellation « Bourgogne grand ordinaire » mais, après la guerre, les appellations n’ont plus été demandées.

L’appellation « grand ordinaire » revendiquée, un temps, par de rares viticulteurs ou propriétaires, n’a donc pas eu le caractère de constance prévu par la loi qui aurait permis une homologation en 1951, la culture de la vigne,  à Fontaine, paraissant de moins ne moins avantageuse aux propriétaires de la terre.

 

[1] Archives municipales de Fontaine-lès-Dijon, F2 39, Courriers du 23 janvier 1951, 15 mars 1951.
[2] Bulletin du syndicat viticole de la Côte dijonnaise, mars 1896, mai 1899, septembre 1900, 1905.
[3] Archives départementales de la Côte-d’Or : OS 286 (1923-1924).

Le mécanisme d’horloge conservé dans le clocher de l’église Saint-Bernard

Église Saint-Bernard de Fontaine-lès-Dijon. L’ancien mécanisme de l’horloge photographié dans le clocher en 2002. Archives municipales de Fontaine-lès-Dijon, photographies, octobre 2002.

À Fontaine, jusqu’à son électrification en 1965 par les établissements Bernard Dor[1], la sonnerie des heures, demie et quarts au clocher de l’église Saint-Bernard a été actionnée par un mécanisme d’horloge produit industriellement, dans les ateliers Louis-Delphin Odobey dit Cadet (1827-1906)[2], situés à Morez, dans le Jura, et spécialisés dans les horloges d’édifice[3].

Les horloges Odobey étaient fabriquées en série, à raison d’une cinquantaine par an, à la veille de la Grande Guerre, ce qui rendait leur prix relativement accessible. Celle de Fontaine fut acquise en 1902 pour la somme de 1800 F grâce au legs effectué à la commune  par Bernard Lebert car l’horloge communale achetée lors de la vente du mobilier des Feuillants en 1793,[4] était en si mauvais état, qu’elle nécessitait des réparations continuelles[5].

Le mécanisme complexe qui a donné l’heure à Fontaine pendant plus d’un demi-siècle jusqu’en 1965 se cache encore aujourd’hui dans le clocher. Il commandait la sonnerie des cinq cloches du carillon. Protégé dans son armoire d’origine, c’est un modèle classique horizontal avec châssis, tambours où s’enroulent les câbles, arbres, roues dentées en cuivre, petit cadran de contrôle en émail pour la remise à l’heure, corde, poids et contrepoids, balancier dans le bas de l’armoire fermée par deux portes en bois. Le remontage de l’horloge était effectué par un préposé dont le traitement annuel était fixé en conseil municipal[6].

Cette horloge authentique, dûment inventoriée[7], est un patrimoine technique remarquable, demeuré dans son contexte, mais difficile à mettre en valeur car le clocher n’est pas aisément accessible.

 

[1] Archives municipales de Fontaine-lès-Dijon : M2 14, Délibération du 27 mars 1965.
[2] Denis Roegel, maître de conférences, Université de Lorraine, Courriels au maire de Fontaine-lès-Dijon, 2018.
[3] https://www.horloge-edifice.fr/Horlogers/Odobey_Louis-Delphin.htm
[4] Archives départementales de la Côte-d’Or. Q 838, 26 février 1793 : estimation de l’horloge des Feuillants. 21 mars 1793 : horloge adjugé à l’encan au citoyen Gérard, maire de Fontaine pour 75 livres.
[5] Archives municipales de Fontaine-lès-Dijon. Registre de délibération D4, séance du 10 mars 1902.
[6] Archives départementales de la Côte-d’Or. OS 286. 16 février 1930.
[7] Service régional de l’inventaire, Fontaine-lès-Dijon, Église paroissiale Saint-Bernard, Liste supplémentaire.  Ph. Inv. J.L. Duthu, 96 21 0295 X.