Fontaine-lès-Dijon dans Le Bien public de 1947

L’année 1947 a infléchi le cours de l’histoire avec le début de la guerre froide, mais ce sont surtout des informations pratiques locales qui nourrissent la rubrique Fontaine-lès-Dijon dans Le Bien public.

Les habitants sont ainsi avertis que le 24 avril, le scrutin pour l’élection des membres des conseils d’administration des caisses de sécurité sociale et d’allocations familiales aura lieu dans la salle de l’école de garçons, rue Saint-Bernard. Ils sont avisés que le jeudi 22 mai, une séance de vaccination antivariolique se déroulera au même lieu. Plus tard, ils sont informés que pour être admis dans les écoles, à la rentrée d’octobre[1], les enfants ayant atteint l’âge légal de la scolarité, devront subir une visite médiale au centre médico-scolaire qui se trouve à l’école de la Maladière et être munis du certificat qui leur sera remis. Une autre brève invite les jeunes nés en 1929 à se faire recenser. En août, la date des solennités de saint Bernard est précisée avec communication du programme. Elle fait suite au compte-rendu du pèlerinage qui mentionne l’accueil de religieuses cambodgiennes victimes de persécution, rappelant ainsi, indirectement, que le protectorat français du Cambodge est travaillé par des mouvements indépendantistes.

La famille du jeune partisan Robert Pontiroli, capturé au cours d’une mission et fusillé après avoir été torturé pendant 18 heures, fait savoir qu’un service religieux aura lieu le 31 août en sa mémoire. Il est précisé que ce résistant détaché au 8R de Saussy[2] vient d’être cité à l’ordre du corps d’armée, à titre posthume, avec attribution de la croix de guerre avec étoile de vermeil, lors du troisième anniversaire de sa mort le 25 août 1944.

À côté de ces manifestations ou démarches périodiques, il est indiqué qu’en souvenir et en reconnaissance, une plaque aux morts de la guerre sera inaugurée par le maire pour l’anniversaire de la Libération de Dijon, le 11 septembre, mais le lieu n’est pas précisé.

Les graves difficultés économiques dans lesquelles la France continue à se débattre au lendemain de la guerre ne se manifestent, à Fontaine, que par des communiqués mensuels du maire fixant le jour de la distribution des titres d’alimentation : pain, denrées diverses, vin, charbon. Deux ans après le conflit, le rationnement est donc toujours d’actualité et même s’aggrave car dans les pages générales on apprend que pour faire face à la disette de blé due aux gelées, en avril, la ration quotidienne de pain est ramenée de 300 à 250 g par le gouvernement et que la pénurie de charbon est amplifiée en novembre et décembre par des grèves dans les houillères.

À Fontaine, l’année 1947 est marquée par deux faits divers, l’un concernant un suicide : la mort par pendaison d’un retraité de 63 ans à la suite de « chagrins intimes » et l’autre, une forme pittoresque et bénigne de psychose collective : quelques habitants ayant cru avoir vu le « Polonais aux dix-neuf crimes » traverser le village, ce qui a déclenché, suite à un « appel téléphonique angoissé du maire », l’intervention d’un détachement de gendarmes, qui, finalement, ne trouva personne…

Enfin, 1947 est une année d’élections municipales qui se déroulent les 19 et 26 octobre. À Fontaine, 13 conseillers municipaux sont à élire. Parmi les 687 électeurs et électrices inscrits, 546 ont voté. La liste d’Union républicaine conduite par Léonce Lamberton « pour une administration saine et impartiale de la commune » est élue au premier tour avec 85% des voix. Le journal est prié d’insérer les remerciements du maire, qui vient d’être reconduit, et tient à souligner qu’une « telle cohésion mérite d’être signalée».

Le sport, la culture, les aménagements urbains, le monde du travail ne sont pas traités. Les témoignages sont également absents. Les articles ne sont illustrés d’aucune photo et ils ne sont pas signés. D’une manière générale, les sujets abordés ne donnent que quelques rares indices sur les caractéristiques de l’époque. Aujourd’hui, le suicide d’un particulier ne serait plus mentionné et on hésiterait à désigner un homme par sa seule nationalité.

Sigrid Pavèse

[1] La rentrée scolaire s’effectuera en septembre à partir de 1960 (16 septembre)
[2] D’après Michel Blondan, l’appellation officielle est « SR Saussy ». Constitué et actif en août et septembre 1944, ce groupe de résistants implanté à Saussy était en liaison avec l’état-major FFI et quelques groupes FFI. Il était plus orienté vers le renseignement que vers le combat. SR est l’abréviation de Service de Renseignement.

Fontaine-lès-Dijon dans Le Bien public de 1946.

Au début de 1946, le gouvernement est toujours provisoire. Le 13 octobre a lieu un deuxième référendum pour adopter une nouvelle constitution, le premier projet ayant été refusé. Le oui l’emporte au niveau national mais ni en Côte-d’Or, ni à Fontaine où, sur 705 inscrits et 541 votants, 347 Fontainois ont voté non. Ce référendum donne naissance à la IVe République.

En 1946, la France est toujours en situation de pénurie et comme pendant la guerre, il faut avoir des tickets pour acheter la plupart des denrées. Chaque mois, le maire, Léonce Lamberton, communique sur le jour de la distribution de tickets en demandant aux administrés d’être exacts pour faciliter le travail du secrétariat. On apprend ainsi qu’en plus des tickets d’alimentation, de textile, de charbon, il existait à Fontaine des cartes de jardinage qui permettaient l’attribution de semences pour les exploitants de jardins familiaux et donnaient des conseils sur l’utilisation des graines.

L’année est rythmée par l’annonce des fêtes et cérémonies. Les fêtes du sanctuaire de saint Bernard, qui se déroulent sur trois jours avec des processions dans le parc du 17 au 19 août, sont distinctes de la fête patronale qui a lieu le 25 août et comprend une fête religieuse le matin, avec messe et procession du bâton de saint Bernard, ainsi qu’une fête civile sur les bords de la mare, accueillant de nombreuses attractions. Pour se conformer à un arrêté préfectoral, l’évêque Mgr Sembel interdit les rassemblements d’enfants de moins de 18 ans, les privant ainsi de pèlerinages en raison des épidémies en Côte-d’Or.

Cette année-là, la fête patronale coïncide avec l’hommage au cimetière aux deux résistants Jean Darnet et Robert Pontiroli, torturés et fusillés en 1944. La cérémonie a lieu en présence des membres du maquis Liberté, de groupements FFI et d’Anciens combattants. La guerre est aussi rappelée par la mention de la remise de la médaille militaire à titre posthume au caporal Jacquot, chef de pièce de mitrailleuse, qui a trouvé la mort le 18 juin 1940 à la tête de ses hommes en résistant à l‘ennemi, à Parroy, en Moselle et dont les parents résident à Fontaine.

En 1946, le bagne de Cayenne est fermé et c’est sans doute dans ce contexte qu’est organisée une réunion publique sur les atrocités du bagne avec la participation d’une ancienne déportée à  Ravensbrück.

En juillet, un avion de la base aérienne Dijon-Longvic est contraint d’atterrir suite à une panne d’essence. Il capote dans un champ situé à proximité de la route d’Ahuy sur le territoire de Fontaine. De type Fieseler, c’était un avion militaire de liaison et de reconnaissance. Les pilotes sont indemnes mais les dégâts matériels importants.

Sigrid Pavèse