Le Paisseau

En Bourgogne, c’est le nom de l’échalas : on l’entend partout, parfois avec de légères variantes phonétiques, comme pahau à Mercurey ou pachais en Auxois (Saffres). ; mais la forme des environs de Dijon est toujours paissiâ ; c’est d’ailleurs la forme qu’a pu entendre Jeanne Lelièvre quand on pouvait encore trouver à Fontaine quelques personnes qui avaient des souvenirs viticoles. Le mot a été utilisé partout, même dans les villages de la Montagne dijonnaise. En effet, l’altitude pouvait empêcher la culture de la vigne, mais les forêts permettaient la production de paisseaux que l’on pouvait vendre aux vignerons des villages davantage favorisés par le climat et qui avaient peu ou pas de bois comme Fontaine.

Pour l’étymologie, pas de problème ; paisseau vient du bas-latin*paxellus, en classique paxillus (piquet, pieu). On peut rattacher le paisseau à la paix (en latin pax) ; la paix est un acte qui consiste à se mettre d’accord sur une frontière, en plantant un piquet qu’il faudra respecter.

Avant le paisseau, il est possible qu’on ait employé un autre mot qui n’a laissé de traces que dans les lieux-dits : c’est le chante-perdrix ;  ce terme a fait couler beaucoup d’encre ; on a voulu y voir un terme d’avant les Gaulois ; mais c’est peut-être tout simplement un perchoir pour les oiseaux ; on ne le trouve plus à Fontaine, mais il apparaît sous des formes soumises à la fantaisie des géomètres napoléoniens : Champ Perdrix à Ahuy, à Couchey ; la rue des Champs-Perdrix à Dijon (pas loin de la rue du Tire-Paisseau !) ; champs de Perdrix à Vosne-Romanée. Presque toutes les parcelles qui portent ces noms furent (ou sont encore) des vignes.

Gérard Taverdet

L’arrachage des ceps

À partir de 1920, les séminaristes de la rue Paul-Cabet à Dijon bénéficient d’une maison de campagne située aux Champs d’Aloux dans le clos Saint-Bernard[1] et l’aménagent pour leur détente[2]. À leur arrivée dans cette maison, une vigne était plus ou moins bien entretenue. « La pioche entrait difficilement dans le lit de cailloux qui recouvrait la surface et puis il y avait si longtemps que cette terre n’avait pas été remuée ! Les mauvaises herbes s’y étaient développées à leur aise, » écrit le 27 avril 1921 le séminariste Bergeret. Des ceps étaient à remplacer. Certains séminaristes étaient fils de vigneron et connaissaient le travail de la vigne. Dans une commune encore viticole comme Fontaine, le matériel pouvait se trouver facilement, notamment par l’entremise du curé de Fontaine, ami des séminaristes. Sur la photo, on voit les clercs utiliser un arrache-cep.  Cet outil constitué par un long manche en bois et un mécanisme en métal est appelé aussi fourche crantée. Il sert à sortir un pied de la terre, que ce soit un cep ou une racine quelconque. Le principe est de faire bras de levier sur une racine fourchue et de l’extraire du sol. Il fallait piocher pour assurer la prise sur la souche. L’extraction s’effectuait manuellement. Aujourd’hui des pinces arrache-ceps hydrauliques permettent de déraciner un cep mécaniquement et de forer le trou en moins de 30 secondes !

Sigrid Pavèse avec la complicité de Bruno Lautrey.

[1] Clos connus sous le nom de « terrains Saint-François ».
[2]Archives du diocèse de Dijon, (ADD), 2 H 8, Historique de la maison de campagne du grand séminaire à Fontaine-lès-Dijon, cahier manuscrit avec photographies, 1920-1921.

 

Chanson des vignerons de Fontaine

Michel-Hilaire Clément Janin (1831-1885) était rédacteur, notamment au quotidien Le Progrès de la Côte-d’Or. Il a publié de nombreux articles sur l’histoire et les traditions populaires bourguignonnes. Dans un cahier de notes, il a consigné les paroles de chansons qu’il a collectées. Parmi elles se trouve La chanson des vignerons de Fontaine, recueillie chez son ami Lhéritier en janvier 1869 et accompagnée de la note en marge : « Cette chanson se retrouve à peu près dans le Romancero de Champagne »[1]. Lorsque le journaliste a retranscrit cette chanson, c’était bien avant sa réactualisation par le chansonnier à succès Aristide Bruant (1851-1925) qui l’avait mise à son répertoire et l’avait rendue très populaire. Elle avait été publiée le 12 juin 1892 dans le supplément hebdomadaire Le Gil Blas illustré sous le titre La vigne au vin, « Vieille chanson bourguignonne », accompagnée d’une illustration de l’artiste Théophile Alexandre Steinlein. Sa diffusion en avait été facilitée et elle était devenue une chanson à boire.

À l’origine, cette ronde était une chanson de vendanges dont la structure initiale remonte au moins au XVIe siècle[2]. Elle décrit toutes les étapes à l’origine du vin et sa consommation. Certaines versions sont courtes comme dans l’adaptation enfantine « Plantons la vigne », d’autres plus longues en fonction des étapes de la croissance de la vigne, de la fabrication et de la consommation du vin qu’on choisit de chanter ou d’ignorer.

Dans la variante fontainoise, le travail de la vigne a une part importante : « taille, pioche, attache, coupe, presse », alors que d’autres adaptations privilégient davantage le cycle du végétal : pousse, feuille, fleur, graine, grappe. À Fontaine, la hotte est absente et la tonne fait place au fût. Des mots comme « brousse » ou « renarde [3]» sont spécifiques et un peu mystérieux[4]. Le verre est évoqué mais s’y ajoute la trinquée, tandis que la bouche et le ventre sont remplacés par « l’homme ».

Ces particularismes viennent sans doute de ce que les vendanges ont toujours utilisé une main d’œuvre mobile. Des groupes se déplaçaient d’une région à l’autre et se mêlaient aux autochtones, apportant avec eux des chansons apprises au cours de leur migration et qui se chantaient ensemble. L’appropriation entraînait des glissements, mais l’esprit demeurait. L’adaptation fontainoise comprend 16 couplets avec reprise de la nouvelle étape dans les deux dernières lignes. Clément-Janin ne dit rien de la mélodie, mais le deuxième vers de redite commençant par « le » ou « la voilà » ne figure pas, et si l’air ressemble à la reprise de Bruant, la mélodie est un peu différente[5]. C’est pourquoi cette interprétation entendue à Fontaine justifie l’appellation « Chanson des vignerons de Fontaine ».

Sigrid Pavèse

[1] Romancero de Champagne, collection des poètes de Champagne antérieurs au XVIe siècle, tome 3 Partie 3 (éd. 1863-1864), Hachette livre et BNF.
[2] DAVENSON (Henri), Le livre des chansons, ou introduction à la connaissance de la chanson populaire française, 1944. Nombreuses rééditions.
[3] TAVERDET (Gérard) : « Brousse » pourrait signifier bourgeon et « renarde » renvoi. Le verbe renâder peut signifier avoir des renvois.
[5] Cette mélodie a été transcrite par Henri Berthat, archives municipales de Fontaine-lès-Dijon, tapuscrit.

Le bénaton

Noël Nicolle avec un bénaton sur l’épaule. Sans date. Collection Marie-Noëlle Nicolle.

Sur cette photo, Noël Nicolle (1919-2004) pose devant l’objectif avant d’aller verser le contenu du bénaton[1] qu’il tient posé sur l’épaule, dans la ballonge, cette cuve dont on aperçoit une partie sur la « bréarde », c’est-à-dire la voiture à cheval. Derrière lui, à ses pieds, les bénatons vides sont empilés. Le bénaton est un panier à vendange. C’est une vannerie à arceaux en quart de sphère, fixés à une barre de bois avec une poignée à l’avant. Il a en général une hauteur de 33 cm, une longueur de 85 cm et une largeur de 52 cm[2]. Ce type de panier est propre à la Côte de Nuits et à la Côte dijonnaise, donc en usage à Fontaine. Chaque panier peut transporter une trentaine de kilos de raisin. L’avantage du bénaton sur les caisses en plastique actuellement utilisées, certes moins chères, plus maniables, plus commodes à empiler et à nettoyer, c’est que le raisin est ventilé à travers l’osier. De plus, si du jus coule, il est évacué, ce qui évite un début de fermentation avant d’amener la vendange au pressoir. Pour produire le vin d’une pièce (228 litres) soit 300 bouteilles, il faut remplir une dizaine de bénatons[3].

Sigrid Pavèse

[1] Littré écrit bénaton ; mais si on veut respecter la prononciation locale, il faudrait écrire benâton nous dit Gérard Taverdet. En effet, on dit bnâton.
[2] Musée de la Vie bourguignonne Perrin de Puycousin, Dijon. Inv. 78.33.15.
[3] Entretien avec Olivier Guignon, 1997.

Le pressoir horizontal de la famille Sicardet

Archives photographiques de Fontaine-lès-Dijon

De 1992 à 1997, un pressoir a orné le rond-point Charles-de-Gaulle à Fontaine-lès-Dijon. Il avait été donné à la Ville en 1985 par Roger et Victor Sicardet. Depuis 1968, date de sa dernière utilisation, il faisait le bonheur des vrillettes et des araignées dans la grange de la maison située 15 rue Jehly-Bachellier. Les deux frères le tenaient de leur grand-père, Edme-Hippolyte Sicardet, propriétaire récoltant, qui avait acquis la maison en 1873[1].

Ce pressoir était un pressoir horizontal à coffre simple, dont le type est connu avant la Révolution[2]. Le corps du pressoir était une caisse en forme de parallélépipède allongé. Les côtés étaient composés de pièces en chêne solidement assemblées. Sur un des petits côtés, l’une des traverses portait l’écrou de la vis, de sorte que la pression sur la vendange s’exerce horizontalement dans le coffre, au contraire d’autres pressoirs où la pression s’exerce verticalement. Le fond de la caisse (maie) était entretoisé de quelques traverses. Les côtés et le fond étaient revêtus intérieurement de planches étroites laissant entre elles des fentes de quelques millimètres de largeur pour le passage du jus. On apportait le raisin dans le coffre à l’aide de sapines (petits baquets). Après l’avoir rangé jusqu’en haut des parois et égalisé avec une grappine (pioche à trois dents), on mettait sur le marc un plateau de bois appelé manteau et différentes pièces de bois (les cales), maintenues par des brides de fixation pour former le couvercle qui devait résister à la pression. On tournait le volant qui donnait le mouvement à la vis pour pousser une grosse pièce en bois appelée mouton contre les grappes et presser le raisin. Le jus s’écoulait par les trous des parois et du plancher, se répandait sur la maie, puis coulait vers la goulotte sous laquelle on plaçait un baquet pour le recevoir. Ce type de pressoir avait plusieurs avantages. Il pouvait se transporter d’une place à une autre grâce à ses roues. Le jus restait peu de temps dans le marc et gagnait ainsi en qualité. De plus, à partir d’une masse donnée de vendange, on obtenait plus de vin qu’avec les autres pressoirs car la force de la pression était importante.

Il était prévu que ce pressoir soit placé à l’abri des intempéries dans un local aménagé dans le jardin de la galerie La Source, mais ce projet n’a pas abouti. Le pressoir a finalement été installé sur le rond-point Charles-de-Gaulle pour lui conférer une note décorative et rappeler le passé viticole de la commune, mais les aléas météorologiques l’ont irrémédiablement détérioré. Il a finalement été enlevé et détruit. Un pressoir du même type peut aujourd’hui être admiré salle Alix de Vergy à Talant.                                                                                                                                                                       Sigrid Pavèse

[1] Archives départementales de la Côte-d’Or, 4E6, Roux, notaire, 30 novembre 1873.
[2] ROZIER (abbé François) [1734-1793], « Presser, pressoir, pressée », Cours complet d’agriculture, t. 8, p. 370-385.

 

Le bouquet de vendanges

Fin de vendanges en 1934. Collection Marie-Noëlle Nicolle

Sur cette photo prise en 1934 chez Eugène Nicolle, dans la cour du 5 rue du Perron à Fontaine-lès-Dijon, le bouquet accroché au sommet de la charrette tirée par un cheval marque le dernier jour des vendanges. L’alignement des paniers et des seaux le long du mur, comme le benaton sur la charrette ou le cuveau sur le côté, témoignent du moment. La fin des vendanges se fêtait à la maison. Cette photo qui réunit la famille et tous ceux qui ont aidé à la récolte en marque le souvenir. Avant de se séparer, on a fleuri le véhicule revenant du vignoble. Ce bouquet de fleurs cueillies sur place était un symbole champêtre associé aux émotions et au partage d’un moment exceptionnel. Il évoquait la fête, marquée par un dernier et plantureux repas, préparé et servi par les femmes, où l’on chantait et racontait des histoires jusqu’à une heure avancée de la nuit, en buvant les bouteilles offertes par le vigneron. Cette coutume du bouquet et des repas de vendanges s’enracinait dans l’ambiance particulière de la récolte qui était le fruit du labeur de toute une année. On s’y activait consciencieusement, et parfois dans la douleur, mais souvent dans la bonne humeur, les plaisanteries étant favorisées par la jeunesse des participants. Néanmoins, ces réjouissances dépendaient des exploitants. Chez les propriétaires qui avaient une faible surface de vigne imposant un travail de récolte souvent plus court que celui des préparatifs du matériel de vendanges, elles étaient inconnues. Voisins et jeunes garçons participaient à ces vendanges qui n’apportaient que la satisfaction de terminer la récolte dans de bonnes conditions, sans manifestations particulières[1]. Bouquet, repas et réjouissances n’étaient donc pas la règle.

Sigrid Pavèse

[1] Entretien avec Madeleine Festeau-Sicardet.

La capeline portée par les femmes dans les vignes à Fontaine-lès-Dijon

Pause des 10 heures des vendangeurs chez Charles Massus (Entre deux guerres). De gauche à droite : Mélie Gaveau, Esther Guinot, Albert Guinot, Jean Souny, Marcel Tourdias, Marie-Victorine Benoit, Marie-Eugénie Lelièvre (Collection Marie-Jeanne Gressard).

Pause des 10 heures des vendangeurs chez Charles Massus (Entre deux guerres). De gauche à droite : Mélie Gaveau, Esther Guinot, Albert Guinot, Jean Souny, Marcel Tourdias, Marie-Victorine Benoit, Marie-Eugénie Lelièvre (Collection Marie-Jeanne Gressard).

Capeline à 7 logettes en cotonnade imprimée portée par Marie-Jeanne Gressard (Cliché S. Pavèse).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La photo à gauche, prise à Fontaine-lès-Dijon, immortalise les capelines des femmes de la famille Benoit-Lelièvre venues vendanger les vignes de Charles Massus. L’intérêt des archives orales est de montrer qu’à Fontaine, le terme de layotte, symbole aujourd’hui de la Bourgogne dans les fêtes folkloriques, n’était pas en usage dans la commune. Pour les fontainoises, cette coiffe était une capeline. La petite fille de Charles Massus, Marie-Jeanne Gressard, en a conservé une qu’elle porte sur la photo de droite.

La capeline est une coiffe de travail en plein air, que l’on trouve dans de nombreuses régions sous d’autres noms. Ce n’est pas une parure mais un objet utilitaire destiné à protéger le teint et la tête des femmes des ardeurs du soleil lors des vendanges et des autres travaux de la vigne : attachage, rognage etc.

La capeline est constituée d’une toile le plus souvent blanche. Elle est cousue à la main ou à la machine. La passe, c’est-à-dire la partie située sur l’avant allant d’un maxillaire à l’autre afin de protéger le visage, est profonde. Sa largeur avoisine 40 cm. À l’intérieur, le rabat est divisé en logettes dont le nombre peut varier de 5 à 10. Dans des compartiments piqués à intervalles réguliers sont glissées des plaquettes de carton pour la rigidifier. Ces cartons pouvaient être des cartons de récupération provenant des almanachs des PTT par exemple. À l’arrière, un large bavolet, qui est un volant cousu sur le fond arrondi de la coiffe, se déploie sur la nuque et le dessus des épaules. La capeline est resserrée au niveau de la nuque par une coulisse en tresse de coton, qui glisse dans une petite bande rapportée appelée passant. Elle s’attache sous le cou par deux rubans en tissu, en tresse de coton ou par de simples élastiques. Du front aux épaules l’ensemble atteint 70 cm environ[1].

Ces capelines étaient faciles à confectionner et pour les laver, il suffisait de retirer les cartons.

Sigrid Pavèse

[1] BLONDEL (Madeleine), Bourgogne en coiffes, Musée de la vie bourguignonne-Perrin de Puycousin, 2013.

La dalle funéraire d’un vigneron du XVIe siècle dans l’église de Fontaine-lès-Dijon

Dans l’église Saint-Bernard de Fontaine, parmi les nombreuses dalles funéraires qui pavent le sol, l’une d’elle attirait l’attention par la présence d’un motif de pampre accompagné d’une serpe à un croc à dos tranchant, typique d’une serpe vigneronne. La pierre était en partie masquée par un banc, mais, ce qui était visible de l’inscription indiquait que cette dalle était celle d’un vigneron de Talant. En 2020, la nécessité d’enlever les bancs pour établir un chauffage par le sol a permis de savoir que le défunt était Chrestiennot Sambin, qu’il était mort le 11 mai 1531, et que le champ de la dalle accueillait une grande croix latine reflétant la piété du défunt.

Le dessin, finement gravé d’un sarment de vigne avec deux grappes de raisin et une vrille, est en accord parfait avec la profession précisée par l’épigraphie. Chrestiennot Sambin met en avant son métier en faisant figer dans la pierre un outil qui constitue une source documentaire irremplaçable, tandis que la juxtaposition de la croix latine évoque sa croyance.

On ignore si le choix iconographique émane du défunt ou de ses proches mais il témoigne d’une attitude spécifique à l’égard du travail de vigneron. L’exercice de l’activité de Chrestiennot Sambin est revendiqué sans détour. Son métier est symbolisé par un outil lié à sa profession et non par une tenue, comme dans l’effigie du curé Chauchier, en 1545, dans la même église. Cet outil témoigne de l’orgueil d’une profession, de son importance économique et sociale. Pour Chrestiennot Sambin, le dur travail de la vigne pouvait aussi justifier l’espoir de mériter le paradis après la mort. Le contraste est cependant remarquable entre la position secondaire de l’outil et de la vigne et l’échelle de la croix. L’attention visuelle est d’abord dirigée vers la croix. À travers la subordination iconographique qui fait appel à l’échelle, à la position et à la figuration, Chrestiennot Sambin apparaît comme un homme soumis à la volonté de Dieu. Il fonde un anniversaire perpétuel à l’église de Talant et, dans le bandeau gravé en lettres gothiques situé en bordure de la dalle, interpelle les vivants en leur demandant de prier pour lui. Chrestiennot Sambin, qui jouissait d’un niveau de vie élevé, puisqu’il était assez riche pour se faire faire une plate-tombe d’une bonne facture, voulait s’assurer d’une place dans l’au-delà et, pour cela, aspirait à se faire inhumer dans le sanctuaire d’une église. Tous les morts d’une communauté ne pouvaient être ensevelis dans l’espace restreint du chœur et, depuis le Xe siècle, c’était le cimetière qui recevait la plupart des dépouilles. Seuls les privilégiés pouvaient espérer être inhumés à l’intérieur de l’église[1]. Or, en 1530, comme l’indique une inscription dans le bas-côté, l’église Saint-Bernard de Fontaine était en reconstruction. Chrestiennot Sambin a sans doute profité de son aisance pour faire une offrande et, en contrepartie, il a pu obtenir de reposer à l’intérieur de l’église[2] mais l’emplacement originel de la sépulture est inconnu. En effet, au XIXe siècle, lors de la mise en place d’un nouveau pavement dans le chœur, la pierre a été déplacée et réemployée comme dallage. Elle a d’ailleurs été mise à l’envers car le nom aurait dû regarder l’autel.

En Bourgogne, on connaît quelques représentations de serpette comme celle visible à Quemigny-sur-Seine, elle aussi accompagnée d’une croix, mais le travail du tombier est assez grossier. À Fontaine, en 2020, l’intérêt artistique et historique de la dalle funéraire de Chrestiennot Sambin a donc commandé de l’exposer sur le mur sud de l’église pour l’épargner de l’usure des pas et assurer ainsi la bonne conservation des traits de la gravure.

Sigrid Pavèse

[1] GELIS Jacques, IMMEL Jean-Jacques, Rites funéraires et sentiment de la mort, 2017. https:// www.sudoc.fr
[2] GRILLON Guillaume, GARCIA Jean-Pierre, LABBÉ Thomas, Vignes et vin de Talant, Faton, Dijon, 2021, p. 44.