COMME UN AIR DE VACANCES À FONTAINE-LÈS-DIJON

Cet été 2022, les Amis du vieux Fontaine vous proposent de vous accompagner durant 1 h 30 pour explorer les thèmes suivants :

Les monuments emblématiques de la place des Feuillants : la Maison natale et l’église Saint-Bernard

Lundi 18 juillet 2022

Rendez-vous place des Feuillants

à 9 h 30.

 

 

Fontaine-lès-Dijon, un village, un patrimoine

 

Jeudi 4 août 2022

Rendez-vous à la mare à 9 h 30.

 

 

 

 

Le site Saint-Bernard, côté nature

 

Jeudi 11 août  2022

Rendez-vous au parking du cimetière à 9 h 30.

 

JOURNÉES EUROPÉENNES DU PATRIMOINE 2022

17 septembre 2022 Programme des Amis du Vieux Fontaine

 

1er – 24 septembre 2022
Bibliothèque municipale de Fontaine-lès-Dijon
EXPOSITION

Jean-François Devalière – Nicole Lamaille : Le petit patrimoine de village

Quelques œuvres de Nicole Lamaille autour du patrimoine de piété du village de Fontaine-lès-Dijon et hommage à Jean-François Devalière défenseur du petit patrimoine rural bâti non protégé.
Démontage prévu le 27 septembre.

Samedi 10 septembre 15h30 – 16 h
Bibliothèque municipale de Fontaine-lès-Dijon

VISITE COMMENTÉE de l’exposition Jean-François Devalière – Nicole Lamaille : Le petit patrimoine de village
Gratuit

Samedi 17 septembre
Village de Fontaine
CIRCUIT

De niches en croix

 

Départ : croix de la Confrérie à 14 h 30

Guidée par Sigrid Pavèse, promenade dans le village, de la croix de la Confrérie jusqu’à la croix Saint-Bernard dans le parc Saint-Bernard, à la découverte du petit patrimoine de piété du village.

Durée 2 h

Gratuit

 

 

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Visites guidées

La fanfare de Fontaine et Daix

La fanfare de Fontaine et Daix à Daix pour la fête de saint Laurent, en août 1928, cliché Marcel Bouhin de Daix (Collection particulière).

En 1924, Henri Carlet, un des 120 salariés du fabricant de chaussures Belorgey avenue Gounod à Dijon[1] et futur maire de Fontaine de 1932 à 1935, avait aidé son fils, prénommé lui aussi Henri et cordonnier comme son père, à reconstituer, l’ancienne société musicale de Fontaine[2]. Ce nouvel ensemble, avait alors pris le nom de fanfare de « Fontaine et Daix », que l’on devine inscrit sur la grosse caisse de la photo. Comme chef de musique, Henri Carlet fils se trouve derrière cette grosse caisse. Henri Carlet père est le personnage le plus âgé, debout, à droite. Il porte une moustache comme son fils. La fanfare était présidée par le boulanger de Fontaine, Gustave, dit Valentin Aubrun.

L’ensemble était composé de 30 musiciens. La plupart faisaient également partie de l’Harmonie des cheminots du PLM, dont Henri Carlet fils, était également sous-directeur[3]. À côté d’Henri Carlet, père et fils, les musiciens de Fontaine étaient Camille Aubrun, Pierre Bouchard, Eugène Gaveau, Gaston Lautrey, Henri Rousseau, et Roger Sicardet. Les autres exécutants étaient originaires de Daix, Talant, Hauteville et un professeur au conservatoire venait d’Ahuy[4].

En 1925, le conseil municipal de Fontaine-lès-Dijon avait voté un crédit en faveur de cette société musicale[5] et les répétitions avaient lieu deux fois par semaine, de 21 heures à 23 heures, les mercredis et samedis, dans l’ancienne mairie devenue la Galerie La Source.

Cette formation donnait des concerts sur la place du Perron et dans les villages voisins. Elle animait les fêtes et les manifestations locales en interprétant des marches, des fantaisies, des opérettes… et rencontrait beaucoup de succès. Malheureusement, elle ne se releva pas du décès, suite à une maladie, de son directeur, Henri Carlet fils, en janvier 1931, à l’âge de 31 ans.

Sigrid Pavèse

[1] RENAUD (Guy), Le passé industriel de Dijon, Alan Sutton, Paris, 2009 p. 88.
[2] Archives diocésaines de Dijon, 8D 084, fonds Merle, Bénédiction de la bannière de la société musicale de Fontaine en 1876.
[3] Bulletin paroissial de Fontaine-lès-Dijon et Daix, n°1 et 2, Janvier-février 1931.
[4] VIENNET (Omer), Le Bien public, 8 septembre 1977.
[5] Archives départementales de la Côte-d’Or, OS 286, 8 février 1925.

La capeline portée par les femmes dans les vignes à Fontaine-lès-Dijon

Pause des 10 heures des vendangeurs chez Charles Massus (Entre deux guerres). De gauche à droite : Mélie Gaveau, Esther Guinot, Albert Guinot, Jean Souny, Marcel Tourdias, Marie-Victorine Benoit, Marie-Eugénie Lelièvre (Collection Marie-Jeanne Gressard).

Pause des 10 heures des vendangeurs chez Charles Massus (Entre deux guerres). De gauche à droite : Mélie Gaveau, Esther Guinot, Albert Guinot, Jean Souny, Marcel Tourdias, Marie-Victorine Benoit, Marie-Eugénie Lelièvre (Collection Marie-Jeanne Gressard).

Capeline à 7 logettes en cotonnade imprimée portée par Marie-Jeanne Gressard (Cliché S. Pavèse).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La photo à gauche, prise à Fontaine-lès-Dijon, immortalise les capelines des femmes de la famille Benoit-Lelièvre venues vendanger les vignes de Charles Massus. L’intérêt des archives orales est de montrer qu’à Fontaine, le terme de layotte, symbole aujourd’hui de la Bourgogne dans les fêtes folkloriques, n’était pas en usage dans la commune. Pour les fontainoises, cette coiffe était une capeline. La petite fille de Charles Massus, Marie-Jeanne Gressard, en a conservé une qu’elle porte sur la photo de droite.

La capeline est une coiffe de travail en plein air, que l’on trouve dans de nombreuses régions sous d’autres noms. Ce n’est pas une parure mais un objet utilitaire destiné à protéger le teint et la tête des femmes des ardeurs du soleil lors des vendanges et des autres travaux de la vigne : attachage, rognage etc.

La capeline est constituée d’une toile le plus souvent blanche. Elle est cousue à la main ou à la machine. La passe, c’est-à-dire la partie située sur l’avant allant d’un maxillaire à l’autre afin de protéger le visage, est profonde. Sa largeur avoisine 40 cm. À l’intérieur, le rabat est divisé en logettes dont le nombre peut varier de 5 à 10. Dans des compartiments piqués à intervalles réguliers sont glissées des plaquettes de carton pour la rigidifier. Ces cartons pouvaient être des cartons de récupération provenant des almanachs des PTT par exemple. À l’arrière, un large bavolet, qui est un volant cousu sur le fond arrondi de la coiffe, se déploie sur la nuque et le dessus des épaules. La capeline est resserrée au niveau de la nuque par une coulisse en tresse de coton, qui glisse dans une petite bande rapportée appelée passant. Elle s’attache sous le cou par deux rubans en tissu, en tresse de coton ou par de simples élastiques. Du front aux épaules l’ensemble atteint 70 cm environ[1].

Ces capelines étaient faciles à confectionner et pour les laver, il suffisait de retirer les cartons.

Sigrid Pavèse

[1] BLONDEL (Madeleine), Bourgogne en coiffes, Musée de la vie bourguignonne-Perrin de Puycousin, 2013.

Fontaine-lès-Dijon dans Le Bien public de 1956

Le début de 1956 est marqué par un communiqué peu commun de nos jours : deux individus nominativement « soussignés, domiciliés à Fontaine-lès-Dijon, s’excusent publiquement des paroles désobligeantes qu’ils ont prononcées vis-à-vis du corps des sapeurs-pompiers de Fontaine-lès-Dijon qui ne reposaient sur aucun fondement »…

1956 est ensuite rythmé par les traditionnels avis des manifestations qui se déroulent dans la commune : fête patronale, cérémonie commémorative à la stèle des fusillés, bal des pompiers, atelier de distillation… S’y ajoute une kermesse organisée, près de la mare, le 6 juillet, par le cercle Saint-Bernard, avec jeux, attractions, concours de tir, buffet et buvette. Le cercle saint-Bernard était une association paroissiale de jeunes, qui se rassemblaient salle Sainte-Catherine, 19 rue Jehly-Bachellier, pour lire, faire du théâtre, de la musique, des jeux, de la danse, des projections cinématographiques, du sport dans la cour, et proposer des séances récréatives. Avec l’ouverture de la chapelle Saint-Martin, le cercle fut dissous en 1965 et la salle Sainte-Catherine, qui datait de 1908, fut vendue et démolie pour laisser place à une villa.

L’actualité internationale est évoquée au travers de l’invitation du maire à la cérémonie du 11 novembre. Léonce Lamberton demande « à chacun d’unir dans une même pensée tous les soldats des armées françaises et alliées morts pour la patrie soit au cours de guerres mondiales, soit pour la défense de l’Union française ou en Algérie, soit en Égypte ». Il ajoute que « l’hommage des Fontainois ira également aux Hongrois massacrés pour avoir défendu leur liberté ». Comme beaucoup de Français à l’époque, le maire n’est pas hostile au maintien de l’empire colonial mais l’Union française, qui lui a succédé après la Seconde Guerre mondiale, se délite de plus en plus : la Tunisie et le Maroc obtiennent leur indépendance en 1956. À partir de 1954, les appelés du contingent sont envoyés dans les trois départements d’Algérie pendant leur service militaire pour des « opérations de maintien de l’ordre ». Pour certains, le service militaire durera 18 mois, pour d’autres 30 mois, et pendant cette guerre, qui a mobilisé 1,5 millions d’appelés, 15 583 mourront  au combat et plus de 7000 seront blessés dans des accidents. Avec la guerre d’Algérie, la question coloniale entre dans les foyers de la métropole et va modifier l’opinion. Ainsi, à Fontaine, en juin, dans un but de solidarité, le conseil municipal demande aux familles des militaires en résidence à Fontaine et qui servaient en Algérie de communiquer leur adresse à la mairie. Cette même année, une autre guerre affaiblit le colonialisme. Le 26 juillet 1956, la nationalisation par le président égyptien Nasser, du canal de Suez, en partie propriété franco-britannique, provoque à l’automne l’attaque de l’Égypte par les troupes Françaises alliées aux Britanniques et aux Israéliens. Malgré leur victoire militaire, les Français et leurs alliés doivent se retirer du canal sous la pression de l’URSS et des États-Unis. Le maire est plus à l’aise pour dénoncer l’invasion soviétique en Hongrie qui se déroule en même temps que la crise de Suez. Il prend fait et cause pour l’insurrection hongroise et révèle sa compassion pour les Hongrois qui ont voulu défendre leur liberté et ont été écrasés par une sanglante répression. Il soutient la quête, le dimanche 18 novembre, des fillettes des écoles publiques de Fontaine-lès-Dijon, qui vendent en porte à porte des insignes au profit du peuple hongrois. Il fait publier le montant respectif de la recette de l’école de filles du village et de celle des Saverney et remercie les donateurs. En 1956, le groupe scolaire des Carrois n’existe pas. L’achat du terrain vient juste de débuter et les écoles ne sont pas mixtes.

En 1956, Fontaine-lès-Dijon apparaît à la une de l’actualité régionale à la suite de l’incendie qui a détruit, le 12 décembre 1956, le bâtiment en bois, d’une quarantaine de mètres, servant de dortoir aux 50 ouvriers logés par l’entreprise Paquet. Cette entreprise spécialisée dans le gros œuvre et qui a pignon sur rue à Fontaine 77 route d’Ahuy, avait son siège social à Arnay-le-Duc depuis 1920, mais deux des fils du fondateur s’étaient installés à Fontaine-lès-Dijon en 1954, chemin Saint-Martin, et avaient ouvert d’importants chantiers à Dijon. Au moment où le feu, provoqué vraisemblablement par le poêle situé au milieu du baraquement, s’était déclaré, le lieu était vide car les ouvriers prenaient leur repas du soir. Le préjudice fut important pour les ouvriers, qui se retrouvèrent sans abri après avoir perdu argent et objets personnels, et pour l’entreprise car il fallut plus d’une heure aux pompiers de Dijon épaulés par ceux de Fontaine-lès-Dijon pour écarter tout danger. Jusqu’en 1981 en effet, la commune avait un corps de sapeurs-pompiers bénévoles qui a été supprimé avec l’installation d’une caserne de pompiers professionnels.

Sigrid Pavèse

Fontaine-lès-Dijon d’après le plan d’Édouard Bredin dressé en 1547

Pour Fontaine-lès-Dijon, les documents graphiques au XVIe siècle sont rares et la moindre image dessinée comme celle qui apparaît dans « Le vray portraict de la ville de Dijon », suscite l’intérêt. Cette gravure en noir et blanc, de 40 cm sur 29 cm est tiré du tome 1 de la Cosmographie universelle du géographe Sébastien Munster rééditée et augmentée par François de Belleforest en 1575[1].

La mention dans le coin inférieur droit « Geometrice depinxit/Edoardus Bredin 1574 » indique que l’exécution de ce plan a été confiée en 1574 à Édouard Bredin, peintre, dont on sait qu’il a été reçu maître peintre verrier à Dijon en 1561. S’il a été réalisé de manière géométrique, c’est-à-dire avec la prise de mesures, il n’a pas bénéficié d’un relevé topographique[2].

Comme le veut la tradition au XVIe siècle, Bredin représente Dijon en vue cavalière. Dijon nous apparaît avec son enceinte bien tracée ponctuée de tours, de portes et de bastions, les fossés qui l’entourent, ses rues apparentes, ses édifices en relief et une eau abondante. La ville est décentrée vers l’est afin de montrer la campagne qui l’environne c’est pourquoi Fontaine-lès-Dijon est visible.

Le village figure dans l’angle nord-ouest, à droite, caché en partie par les armoiries royales car le plan a été réalisé sur intervention royale. En effet, le président du parlement Denis Brûlart, qui voulait faire exécuter une représentation de Dijon, s’était heurté au refus de la Chambre de la Ville, peu soucieuse de voir révéler l’emplacement de ses fortifications et de ses monuments alors qu’elle était proche de la frontière avec l’Empire germanique. Il avait donc fait appel au roi Charles IX qui avait approuvé l’idée d’un plan de Dijon et la Ville s’était inclinée devant la volonté du Roi[3].

Dans la partie visible de Fontaine, comme dans tout ce « portrait de Dijon », il ne faut pas chercher l’exactitude ainsi qu’en témoigne le profil erroné des montagnes situées en arrière-plan de Fontaine. Le peintre s’est en effet peu soucié de la perspective. Il voulait surtout situer en rendant l’ensemble esthétique et lisible. L’échelle indiquée en toises en bas du plan n’est donc pas respectée : Fontaine est trop rapprochée de Dijon et de Talant. L’édifice, surmonté d’une croix et posé sur un pic isolé a suscité la controverse au XIXe siècle. Il a été identifié tantôt comme étant l’église de Fontaine[4], tantôt comme le château natal de saint Bernard, la croix qui le surmonte montrant qu’il contenait une chapelle consacrée au saint[5]. En réalité, il s’agit de l’image de l’église Saint-Laurent de Daix quand elle était sur le plateau, là où se trouve aujourd’hui le cimetière.

Sur la butte de Fontaine, le château est en partie en ruine comme dans le dessin d’Étienne Martellange[6] 40 ans plus tard et l’église est masquée. Au-dessous, les maisons du bourg bordées pour certaines de palissades se mêlent à des arbres. Le chemin qui part de Fontaine conduit à la porte Guillaume.

La valeur documentaire de ce plan pour Fontaine est donc faible. La précision et l’exactitude ne sont pas visées en premier. L’objectif est de donner une image à la fois reconnaissable et attrayante de la ville de Dijon et de sa situation avec les buttes historiques qui la dominent.

Sigrid Pavèse

[1] BONNAMAS (Lucien), « Les anciens plans de Dijon », Mémoires de la Société bourguignonne de géographie et d’histoire, Tome 25, 1909, p. 339-441.
[2] OURSEL (Charles) « Topographie historique de Dijon. Le quartier des Tanneries », Mémoires de la Commission des Antiquités de la Côte-d’Or, XV, 1906-1910, pp. 1-164.
[3] BRUXELLES (Charlotte de),  Étude du plan Bredin, 1574, Rapport de stage pour un master 2 Archéologie, Culture, Territoire, Environnement, Université de Bourgogne, 2012.
[4] RENAULT (abbé), Notice sur le château paternel et la chambre natale de saint Bernard à Fontaines-lès-Dijon, Fontaine -lès-Dijon, 1874.
[5] BONNAMAS (Lucien), ouvrage déjà cité.
[6] Martellange (Étienne), Vue de Fontaine-lès-Dijon, le 21 septembre 1611.

La dalle funéraire d’un vigneron du XVIe siècle dans l’église de Fontaine-lès-Dijon

Dans l’église Saint-Bernard de Fontaine, parmi les nombreuses dalles funéraires qui pavent le sol, l’une d’elle attirait l’attention par la présence d’un motif de pampre accompagné d’une serpe à un croc à dos tranchant, typique d’une serpe vigneronne. La pierre était en partie masquée par un banc, mais, ce qui était visible de l’inscription indiquait que cette dalle était celle d’un vigneron de Talant. En 2020, la nécessité d’enlever les bancs pour établir un chauffage par le sol a permis de savoir que le défunt était Chrestiennot Sambin, qu’il était mort le 11 mai 1531, et que le champ de la dalle accueillait une grande croix latine reflétant la piété du défunt.

Le dessin, finement gravé d’un sarment de vigne avec deux grappes de raisin et une vrille, est en accord parfait avec la profession précisée par l’épigraphie. Chrestiennot Sambin met en avant son métier en faisant figer dans la pierre un outil qui constitue une source documentaire irremplaçable, tandis que la juxtaposition de la croix latine évoque sa croyance.

On ignore si le choix iconographique émane du défunt ou de ses proches mais il témoigne d’une attitude spécifique à l’égard du travail de vigneron. L’exercice de l’activité de Chrestiennot Sambin est revendiqué sans détour. Son métier est symbolisé par un outil lié à sa profession et non par une tenue, comme dans l’effigie du curé Chauchier, en 1545, dans la même église. Cet outil témoigne de l’orgueil d’une profession, de son importance économique et sociale. Pour Chrestiennot Sambin, le dur travail de la vigne pouvait aussi justifier l’espoir de mériter le paradis après la mort. Le contraste est cependant remarquable entre la position secondaire de l’outil et de la vigne et l’échelle de la croix. L’attention visuelle est d’abord dirigée vers la croix. À travers la subordination iconographique qui fait appel à l’échelle, à la position et à la figuration, Chrestiennot Sambin apparaît comme un homme soumis à la volonté de Dieu. Il fonde un anniversaire perpétuel à l’église de Talant et, dans le bandeau gravé en lettres gothiques situé en bordure de la dalle, interpelle les vivants en leur demandant de prier pour lui. Chrestiennot Sambin, qui jouissait d’un niveau de vie élevé, puisqu’il était assez riche pour se faire faire une plate-tombe d’une bonne facture, voulait s’assurer d’une place dans l’au-delà et, pour cela, aspirait à se faire inhumer dans le sanctuaire d’une église. Tous les morts d’une communauté ne pouvaient être ensevelis dans l’espace restreint du chœur et, depuis le Xe siècle, c’était le cimetière qui recevait la plupart des dépouilles. Seuls les privilégiés pouvaient espérer être inhumés à l’intérieur de l’église[1]. Or, en 1530, comme l’indique une inscription dans le bas-côté, l’église Saint-Bernard de Fontaine était en reconstruction. Chrestiennot Sambin a sans doute profité de son aisance pour faire une offrande et, en contrepartie, il a pu obtenir de reposer à l’intérieur de l’église[2] mais l’emplacement originel de la sépulture est inconnu. En effet, au XIXe siècle, lors de la mise en place d’un nouveau pavement dans le chœur, la pierre a été déplacée et réemployée comme dallage. Elle a d’ailleurs été mise à l’envers car le nom aurait dû regarder l’autel.

En Bourgogne, on connaît quelques représentations de serpette comme celle visible à Quemigny-sur-Seine, elle aussi accompagnée d’une croix, mais le travail du tombier est assez grossier. À Fontaine, en 2020, l’intérêt artistique et historique de la dalle funéraire de Chrestiennot Sambin a donc commandé de l’exposer sur le mur sud de l’église pour l’épargner de l’usure des pas et assurer ainsi la bonne conservation des traits de la gravure.

Sigrid Pavèse

[1] GELIS Jacques, IMMEL Jean-Jacques, Rites funéraires et sentiment de la mort, 2017. https:// www.sudoc.fr
[2] GRILLON Guillaume, GARCIA Jean-Pierre, LABBÉ Thomas, Vignes et vin de Talant, Faton, Dijon, 2021, p. 44.