Sortie des Amis du Vieux Fontaine 8 avril 2026

8 avril 2026

Visite par Clément LASSUS-MINVIELLE de la rue Condorcet à Dijon

Rendez-vous : à  14 h 30, parvis de l’église Saint-Philibert à Dijon.

Sans inscription. Ouvert à tous. Coût : 10 € à régler sur place

La taille de la vigne plantée en foule

Avant le phylloxéra, quand les vignes n’étaient pas palissées et qu’elles étaient plantées en foule,  elles étaient menées en gobelet.

On taillait pendant le repos végétatif, quand la vigne était en dormance, hors période de gel et avant la montée de sève, en période de pleine lune et de préférence en mars pour éviter les gelées tardives et favoriser le retard de la sortie des bourgeons, afin de préparer un bon développement de la vigne pour la prochaine vendange.

Sur les deux à trois bras (branches) principaux à partir du cœur du cep, qui partaient dans des directions différentes, on coupait toutes les branches et on ne conservait que le brin qui tenait le plus au vieux bois. On le taillait à deux bourgeons aussi appelés yeux ou nœuds pour le gamay et à trois ou quatre selon sa force pour le pinot ou noirien qui était rare à Fontaine. Les raisins étaient ainsi mieux répartis sur le pourtour du cep sans être entassés, ce qui favorisait une meilleure aération et limitait l’apparition de maladies.

On se servait d’une serpe à talon qui portait à la partie convexe un fort taillant faisant office de petite hache : les vignerons s’en servaient lorsqu’il fallait couper le bois mort plus dur[1].

On ramassait les « tailles » et on liait les sarments coupés en fagots pour servir à allumer le feu.

Sigrid Pavèse

 

[1] MORELOT, Denis, La vigne et le vin en Côte-d’Or, 1831, éd. Cléa, p. 200.

L’inscription « FRVCTVS IVSTITIÆ PAX » sous le portique de la Maison natale de saint Bernard

© J. Boilletot

En 1955, le jour de la fête de saint Bernard, l’évêque de Dijon, Mgr Sembel, découvre la plaque commémorative du VIIIe centenaire de la mort de saint Bernard placée sous le portique de la Maison natale de saint Bernard. L’inscription en français est surmontée d’une citation latine : FRVCTVS IVSTITIÆ PAX, que l’on peut traduire par « Le fruit de la justice est la paix » tirée de la Bible et qui est une version abrégée d’un verset du livre d’Isaïe, chapitre 32, verset 17. Elle indique que la justice est la seule base d’une paix durable. Sans justice, les frustrations s’accumulent et mènent au conflit. La formule latine plus concise que le français, donne un ton solennel à l’inscription et peut faire croire qu’elle est de saint Bernard, ce qu’elle n’est pas.

Dans le contexte de l’après-guerre, pour un grand nombre de dirigeants ecclésiastiques et laïcs, la paix doit reposer sur le droit plutôt que sur la force et la justice ne pas être seulement punitive mais réparatrice. C’est ainsi que dès la fin du conflit, les crimes de guerre et contre l’humanité sont jugés pour ne pas rester impunis. Parallèlement, des règles communes sont établies avec la création d’institutions internationales comme l’O.N.U. en 1945 afin de maintenir la paix par le droit ou comme la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée en 1948 relative au respect de la dignité humaine. Toutes ces initiatives affirment que la paix n’est pas seulement militaire mais juridique et politique. Cependant, elles ne peuvent empêcher les tensions idéologiques de conduire au début de la Guerre froide en 1947, aussi l’Église renouvelle-t-elle par le biais de cette plaque son appel à une paix qui repose sur la justice et non sur l’équilibre des forces.

Certes, la citation peut aussi se comprendre à l’aune des pratiques illégales, du favoritisme, de la corruption ou du manque de transparence qui diminuent la confiance dans les institutions, ne garantissent pas l’équité, génèrent tensions et instabilité sociale.

Cependant en 1955, c’est dans le contexte de la réconciliation franco-allemande que la citation prend surtout son sens. En effet, la guerre a profondément marqué la France et l’Allemagne. Les ressentiments rendent difficiles la coexistence entre les deux nations. L’Église pense que l’instauration d’une coopération équitable peut transformer l’hostilité en partenariat et assurer la paix qu’elle défend. C’est pourquoi, en 1951, elle voit dans la Communauté Économique du Charbon et de l’Acier, entre six pays dont l’Allemagne, un moyen de restaurer la justice et la confiance mutuelle. Deux ans plus tard, dans le cadre des commémorations du VIIIe centenaire de la mort de saint Bernard, parmi les fondateurs de la CECA, les chrétiens démocrates Robert Schuman et Konrad Adenauer posent à Spire (Allemagne) la première pierre d’une église de la Paix-Saint-Bernard destinée à symboliser la réconciliation franco-allemande[1]. L’année suivante, en 1954, l’Église soutient le traité de Paris qui marque la fin de l’occupation alliée en Allemagne de l’ouest, accorde à la République Fédérale d’Allemagne une autonomie politique et économique et l’intègre à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. En redonnant des droits et une place à l’Allemagne de l’Ouest et en encadrant cette réintégration par des alliances et des règles communes, les accords concilient acte de justice et paix, réduisant ainsi les risques de revanche, source des conflits passés.

L’inscription de la plaque commémorative, rappelle l’hommage rendu au saint en 1953, souligne ses mérites et lui confie notamment la cause de la paix. Après la Deuxième Guerre mondiale, elle appelle, par la citation mise en valeur au début, à associer la paix à la justice comme l’a fait le saint, notamment dans ses Sermons sur le Cantique des cantiques. Même si pour lui la justice n’est pas juridique mais spirituelle et si la paix doit d’abord être intérieure,  saint Bernard a apaisé des conflits et promu une justice fondée certes sur la foi mais aussi sur l’équité.

 

Sigrid Pavèse

[1] « 1953 : « Une pierre du château de Fontaine-lès-Dijon pour la réconciliation entre la France et l’Allemagne», Bulletin des Amis du Vieux Fontaine, n° 164, décembre 2022.

Fontaine-lès-Dijon dans Le Bien public de 1971

1971 est une année d’élections municipales et le maire sortant Jean Souny ne se représente pas. Au premier tour, les 2 499 électeurs ont le choix entre 4 listes et 92 candidats pour élire 23 conseillers. Jusqu’aux élections de 1983,  les voix sont en effet décomptées par candidats et non par liste pour les communes de 3500 à 30 000 habitants, et Fontaine compte, en 1971, 4 250 habitants. Toutes les listes se déclarent apolitiques, mais la politisation est en germe.   Une section locale du parti socialiste et un groupe UDR (Union des Démocrates pour la République, mouvement gaulliste fondé en 1967 par Georges Pompidou) sont créés à Fontaine et des membres de chaque parti sont candidats dans deux des listes. Au premier tour, aucun candidat n’est élu. La liste d’union démocratique où était présent le PS se retire, faute de pouvoir s’entendre avec l’une des listes et deux listes fusionnent, dont une où se trouvent des UDR mais cette nouvelle liste n’aura aucun candidat élu. Ce sont les candidats de la liste conduite par Pierre Jacques qui sont élus et 4 sont des sortants. Pierre Jacques, qui a été élu de justesse, est un homme déterminé et qui voit grand. Il marque rapidement de son empreinte les débuts de son mandat. Il poursuit les travaux d’assainissement et, d’emblée, stoppe les tentatives de promoteurs immobiliers pour contruire des tours à Fontaine. Il conserve dans le domaine public le sentier de l’Église et lance une audacieuse politique d’acquisition de terrains, qui serviront à créer des équipements municipaux soit par lui, soit par ses successeurs : centre d’animation, parc sportif, groupe scolaire, mais aussi des espaces verts : parc des Basses Combottes, verger de Fontaine et ses abords. Il demande la création d’un bureau de poste de plein exercice et se déclare prêt à en assurer la réalisation et, en attendant, il fait en sorte qu’un bureau de poste mobile se tienne pendant une heure les mardis et jeudis à la disposition des habitants, à proximité de l’école maternelle des Carrois. Il fait aménager la carrière de la Fin, à l’origine du futur complexe sportif des Cortots, fait élargir la rue du faubourg Saint-Nicolas dans la partie comprise entre la rue des Saverney et le boulevard des Allobroges, fait installer les feux de croisements synchronisés au carrefour Ahuy-Allobroges-Saint-Martin, menace les entrepreneurs de la nouvelle mairie de pénalités s’ils ne respectent pas les délais, équipe un atelier communal avec des machines et de l’outillage pour éviter de faire appel à des entreprises « dont les coûts d’interventions sont exorbitants ». Cependant, il ne renforce pas le personnel de voirie et met à la charge des riverains le nettoyage des trottoirs, promettant de les asphalter lorsque les travaux d’assainissement seront terminés. Par ailleurs, il fait dépierrer le terrain du futur stade des Porte-Feuilles par des bénévoles qui enlèvent 20 tonnes de cailloux ! Il annonce l’entrée en fonction à la mairie d’une permanence de l’assistante sociale chargée du secteur de Fontaine, décide de la création de la rue du général de Gaulle et demande l’établissement d’une zone d’activités de 5 ha. Il instaure un comité des fêtes qui, avec le concours de nombreuses bonnes volontés, inaugure une bibliothèque municipale ouverte le samedi après-midi dans les locaux de la mairie, laquelle se trouve toujours en haut du bourg, fait remettre aux personnes de plus de 70 ans un panier de Noël, leur offre un repas dans la salle de la future école maternelle des Saverney, organise un cyclo-cross sur la butte et prévoit un club du troisième âge. Sur le plan culturel, le Grenier de Bourgogne organise à l’école des filles un atelier théâtre et un atelier pictural pour les enfants. Fontaine entre dans l’ère des loisirs.

La demande de concertation, sensible au moment des élections municipales chez ceux qui dénoncent le manque d’association de la population aux décisions, se confirme avec la création d’un conseil de parents d’élèves dans la commune. On sent que l’année 1971 marque un tournant, avec un refus de laisser gérer la chose publique par les seuls « initiés ».

Le reste de l’année est rythmé par les traditionnels comptes rendus ou annonces de manifestations : jeudis de neige, concours de la prévention routière, kermesse, cérémonies patriotiques, concert de l’Eau vive, élèves admis à l’entrée en 6e, présentation des travaux des enfants des écoles maternelles, concours des maisons fleuries, pèlerinage, banquet des pompiers pour la sainte Barbe, arbres de noël des maternelles.

En ce qui concerne les faits divers, le correspondant de presse s’attendrit sur la libération du « cygne de Monsieur Souny » par deux pompiers municipaux, réveillés dans la nuit de Noël par la gendarmerie de Plombières prévenue par un passant : il avait une patte prise dans l’eau de la mare gelée. En revanche, il fustige ceux qui une semaine plus tard, dans la nuit de la saint Sylvestre, ont cambriolé une dizaine de villas, tordu le cou à trois canards de la mare pour les mettre à la cocotte et fait disparaître la pancarte « patinage interdit » clouée à trois mètres du sol…

Sigrid Pavèse