François Goisset, un hôtelier à Fontaine-lès-Dijon au début du XIXe siècle

Sous la plume de Michel-Hilaire Clément-Janin[1], à propos des hôtelleries dijonnaises, on peut lire qu’au XIXe siècle : « L’activité de Goisset est restée légendaire à Dijon. Il dirigeait quatre établissements : le Chapeau Rouge, la Cloche, le Tivoli et une maison à Fontaine pour les voyageurs malades. Il ouvrait le bal du Tivoli[2] par quelques coups de trombone, – c’était un trombone émérite ! – puis, tout son monde en train, il accourait au Chapeau Rouge, y remuait deux ou trois casseroles sur les fourneaux, causait avec les habitués de l’hôtel, donnait du trombone au bal[3] ; s’en allait à la Cloche jeter le coup d’œil du maître[4], puis à Fontaine, souhaiter le bonsoir à ses malades ».
Le personnage truculent et plein de vitalité qu’évoque Clément-Janin et qui avait un établissement à Fontaine-lès-Dijon est François Goisset (1770-1851). Il était le fils de Jean-Baptiste Goisset (1737-1820) reçu hôtelier du Chapeau Rouge en 1780, à l’origine d’une dynastie d’hôteliers qui va marquer de son empreinte tout le XIXe siècle à Dijon.
En 1812, le très entreprenant François Goisset avait acheté avec sa femme, Philiberte Gouaille, la maison et le clos attenant, 6 rue Bernard-Mathey[5]. Après la Révolution, les bâtiments du domaine avaient été morcelés, aussi n’était-il devenu propriétaire que d’une partie de la maison de maître. L’aspect de la façade de ce bâtiment était alors bien différent de celui qu’on lui connaît aujourd’hui et qui date de 1872. À la faveur d’une succession, en 1832, il rachète « la maison du vigneron », la grande bâtisse perpendiculaire à la rue Bernard-Mathey, à l’est de la cour où l’on pénètre par le grand portail, avec, en face, « le bâtiment Mathey » qui correspond à l’aile en retour d’équerre de la maison de maître[6]. En 1847, sa femme étant décédée, il revend le tout avec ses trois enfants, François, maître d’hôtel comme lui, Jean-Baptiste, maître de poste, et sa fille Élisa, épouse d’un négociant, à des prêtres qui y accueilleront des orphelins[7].
À Dijon, la circulation des voyageurs était importante car au début du XIXe siècle, la ville était un grand carrefour routier où passaient marchands, militaires et personnes qui voyageaient pour leur agrément. Il est donc regrettable de ne disposer d’aucune donnée sur cet établissement d’hébergement pionnier, qui répondait à un besoin, car Dijon comme chef-lieu, était un gros centre d’accueil temporaire.                                                                                                                                        Sigrid PAVÈSE

[1] CLÉMENT-JANIN, Michel-Hilaire, Les Hôtelleries dijonnaises, Dijon, 1878, p. 22.
[2] Un café restaurant « Le Quinconce », agrémenté d’une harmonie, avait été ouvert en 1801 par François Goisset sur la promenade qui correspondait au boulevard de Sévigné. Les bals qui y étaient donnés de jour étaient très fréquentés. On y tirait des feux d’artifice. Des spectacles équestres et de voltige étaient proposés.
[3] L’hôtel du Chapeau Rouge a été exploité par Jean-Baptiste Goisset jusqu’à sa mort en 1820 mais son fils, devenu propriétaire des lieux en 1802, y ouvre un café d’harmonie dans une partie duquel il y a billard, loto, « tabagie », jeux. L’établissement possédait un parquet où l’on dansait. Il y avait un jeu de courte-boule et un jeu de quilles dans la cour, des spectacles et des marchands forains.
[4] L’hôtel de la Cloche, dont François Goisset était propriétaire, était situé alors dans l’actuelle rue de la Liberté au n° 9. Il accueillait des hôtes prestigieux comme le maréchal Ney en 1815.
[5] Archives départementales de la Côte d’Or (ADCO), 4 E 2 art. 2692, 9 octobre 1812.
[6] ADCO, 4 E 14 art. 26, 28 juillet 1832, procès-verbal d’adjudication.
[7] ADCO, 4 E 5 art. 249, 1er mai 1847.

L’autel de saint Bernard dans l’église paroissiale de Fontaine-lès-Dijon avant la restauration de 1899

L’autel de saint Bernard vers 1899 (Carte postale).

L’autel de saint Bernard aujourd’hui (Cliché Michel Laignelet, 1974).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’autel de saint Bernard, situé dans la chapelle nord de l’église paroissiale a connu diverses transformations au cours du XXe siècle. Sur une carte postale antérieure à la restauration de 1899, il présente un aspect bien différent de son état actuel.

Si l’on distingue à peine la partie supérieure de l’autel, on voit surtout l’imposant retable qui le surmontait et qui masquait complètement le lavabo de la chapelle d’origine. Ce retable architecturé en bois était composé d’une travée flanquée d’ailerons à volutes ;  deux colonnes cannelées à chapiteau corinthien, dont le tiers inférieur était sculpté de tiges de laurier enroulées, encadraient la contretable et supportaient un entablement à frise sculptée et corniche à denticules.

Le tableau d’autel représentait sainte Catherine d’Alexandrie, agenouillée sur les débris de la roue de son supplice. Ce sujet sans rapport avec le titulaire actuel de la chapelle s’explique par le fait qu’elle était dédiée auparavant à sainte Catherine, patronne d’une confrérie pour les femmes et les jeunes filles attestée dès la fin du XVIIe siècle[1]. La composition, inspirée d’une estampe de Louis Simonneau (1654-1727) d’après un tableau d’Antoine Dieu (1662-1727)[2], reproduisait la seule figure de la sainte, mais non les bourreaux et l’ange qui venait la couronner de fleurs[3].

Au-dessus du retable, une niche ménagée dans l’ébrasement de la baie murée abritait une statue de la Vierge à l’Enfant debout sur un croissant de lune et reposant sur un socle orné de têtes d’angelots.

Sur l’autel, un tabernacle à ailerons supportait le célèbre buste de saint Bernard attribué au sculpteur Paul Noël Barralet. Provenant de l’abbaye de Molaise, il avait été donné à la paroisse en 1811 et son installation dans cette chapelle datait probablement de cette époque. Le changement de vocable était précisé par l’inscription peinte sur le cartouche surmontant le tableau : J.M.J. SANCTE BERNARDE ORA PRO NOBIS.

De belle facture, les divers éléments : retable, tabernacle, statue et tableau formaient un ensemble cohérent de style XVIIIe siècle, surchargé au siècle suivant de tentures et de guirlandes.

Élisabeth RÉVEILLON

[1] Bulletin paroissial n° 4, avril 1908, p. 26.
[2] Élève de Le Brun.
[3] Patrimoine d’Aquitaine, Les dossiers de l’Inventaire, Dossier IM40006612 (http://dossiers-inventaire.aquitaine.fr/dossier/tableau-du-retable-de-l-autel-de-sainte-catherine-sainte-catherine-d-alexandrie/a4066e15-fcb2-4770-a1c2-deb761678fba)

La grotte de Lourdes du parc Saint-Bernard à Fontaine-lès-Dijon

Il existe des milliers de grottes de Lourdes dans le monde. Celle du parc de la Maison natale de saint Bernard à Fontaine-lès-Dijon date de 1898. Elle a été commanditée cette année-là par les Missionnaires de Saint Bernard[1], gardiens de la Maison natale depuis 1880,  et elle a été financée par la charité des pèlerins bourguignons. C’est une lettre circulaire de l’abbé Auguste Lavielle de mars 1899[2] qui nous l’apprend. Missionnaire de Saint-Bernard depuis 1894, l’abbé Lavielle (1859-1941) était chargé de la gestion matérielle des affaires de la Maison natale. À ce titre, il collectait des fonds pour l’œuvre des Missionnaires et cherchait continuellement des bienfaiteurs. Comme par ailleurs les Missionnaires étaient directeurs du pèlerinage bourguignon à Notre-Dame de Lourdes, il profite de l’envoi d’un compte-rendu du dernier pèlerinage pour solliciter du destinataire de la missive[3], une seconde obole, afin de solder la somme relativement importante restant après l‘achèvement des travaux, en octobre 1898. Il fait appel à sa « générosité bien connue », à sa « dévotion à la bonne mère » et insiste sur le fait que cette grotte doit être «  l’œuvre exclusive des pèlerins bourguignons ».
Première entreprise de la réhabilitation de la Maison natale conduite par la Société civile de Saint Bernard, propriétaire de tout le domaine à partir de 1878[4], le parc Saint-Bernard, au cœur duquel s’inscrit la grotte, a été créé en 1879, dans l’objectif de permettre les processions autour du château. L’œuvre de restauration était placée sous les auspices de la Vierge[5] que saint Bernard avait beaucoup célébrée, mais, jusqu’à présent, aucun document n’a été retrouvé permettant d’attester formellement que le projet d’établissement d’une grotte de Lourdes ait existé lors de la conception du parc. Ce qui est certain, c’est que la réalisation de la réplique de la grotte se place dans le pic de copies correspondant au quarantième anniversaire des 18 apparitions de la Vierge à Bernardette Soubirous, en 1858.
La grotte a été inaugurée le 24 mai 1898, fête de Notre-Dame Auxiliatrice, et la statue bénite par le supérieur des Missionnaires de Saint Bernard, Christian de Bretenières[6]. La copie de la grotte est « bien conforme à celle de Lourdes », même si ses dimensions en largeur et en profondeur sont moindres que celles de la grotte pyrénéenne[7]. À Fontaine, elle s’inscrit de manière naturelle dans une dénivellation du terrain, mais la similitude de son apparence n’a été permise que par des travaux de creusement de la cavité dans le calcaire et l’emploi de ciment pour lisser les parois. La statue qu’elle abrite dans une anfractuosité est analogue à celle sculptée par Joseph Hugues Fabisch en 1864 pour la grotte de Massabielle. La Vierge, mains jointes, est vêtue d’un voile blanc et d’une robe de même couleur retenue par une ceinture bleue retombant en deux longs rubans. L’aménagement est complété par une esplanade et un autel régulièrement décoré, ce qui est un bon indicateur de la fréquentation du site aujourd’hui.

Sigrid Pavèse

[1] Communauté de prêtres auxiliaires et missionnaires pour le diocèse de Dijon établie le 18 février 1880 dans la Maison natale de saint Bernard.
[2] Lettre achetée à un particulier par les AVF et remise aux Archives diocésaines de Dijon.
[3] Le nom n’est pas indiqué.
[4] Bulletin du VIII e centenaire de saint Bernard, n°3, novembre 1890.
[5] Œuvre de la restauration du sanctuaire natal de saint Bernard, sans date. (Vers 1890).
[6] La semaine religieuse, 21 mai 1898.
[7] La grotte de Massabielle mesure 3,80 m de hauteur, 9,50 m de profondeur et 9,85 m de largeur (Internet).

La Vierge à l’oiseau de la chapelle Saint-Martin à Fontaine-lès-Dijon

Vierge à l’oiseau. Chapelle Saint-Martin. Fontaine-lès-Dijon. (Cliché Michel Laignelet, 1974).

Vierge à l’oiseau. Chapelle Saint-Martin. Fontaine-lès-Dijon. (Cliché Michel Laignelet, 1974).

La Vierge à l’Enfant ou Vierge à l’oiseau est une sculpture en ronde-bosse présente dans la chapelle Saint-Martin à Fontaine-lès-Dijon. Elle s’apparente aux vierges champenoises ou bourguignonnes du XIVe siècle. Marie, debout, tient l’Enfant appuyé sur sa hanche à l’aide de son bras gauche. Ses mains, dont la droite serre un bouquet de fleurs, sont traitées de façon schématique. Marie est vêtue d’une fine robe ceinturée sous la poitrine et d’un ample manteau dont le drapé retombe en plis tuyautés. Un voile court est posé sur sa chevelure longue et bouclée. Sa bouche est petite, son nez droit et ses yeux en amande clos à demi ne regardent ni l’Enfant, ni les fidèles. Elle est pensive, tout comme l’Enfant qui tient un oiseau dans sa main gauche. Ce dernier porte un linge fluide qui laisse voir ses orteils traités assez sommairement. La légère inflexion de la tête de la Vierge vers l’Enfant, l’expression de douceur intériorisée, le geste du bras droit de l’Enfant vers sa mère suscitent l’émotion.

Cette statue en pierre reconstituée fut bénite le 11 novembre 1965 par Mgr André Mathey, vicaire général, lors de l’inauguration de la chapelle Saint-Martin[1]. Elle était située alors dans l’oratoire, devant une fenêtre, donc à contre jour, pour être visible de la rue. Elle a été déplacée à gauche de l’autel lors du réaménagement de la chapelle en 2007. Elle a été offerte pour la chapelle par l’abbé André Philbée, curé affectataire de la paroisse, qui l’avait achetée, sur catalogue, avec le maître d’œuvre, Roger Rouzet, à un marchand d’articles religieux, rue du Tillot à Dijon[2]. On ne sait malheureusement rien de l’atelier de moulage à l’origine de cette fabrication, ni de l’auteur du modèle, qui s’est visiblement inspiré d’une œuvre médiévale.

Sigrid Pavèse, Élisabeth Réveillon

[1]Le Bien public, 12 novembre 1965.
[2] Lettre de M. René Rohrbacher au Conservateur des Antiquités et Objets d’Art de la Côte-d’Or, 11 juin 1996.