Arinto(s) ou Aranto le nom gaulois de Fontaine-Lès-Dijon ?

Les Charmes d’Aran.
Plan du cadastre napoléonien, Archives départementales de la Côte-d’Or, 3P 286-2, section A (1810).

Le nom de Fontaine (-lès-Dijon) est presque désespérant pour les toponymistes. Ce nom est en effet fort banal et appartient à une longue série d’homonymes. Cependant, l’environnement onomastique autant que la topographie nous obligent à nous poser quelques questions. D’une part, les sites habités proches de Fontaine ont pour la plupart des noms gaulois (comme Talant, Dijon et probablement Daix), la seule exception romane sûre étant Ahuy ; d’autre part, Fontaine est sur une butte remarquable et on imagine difficilement que les Gaulois n’aient pas occupé le site en y laissant au moins un nom, comme c’est le cas pour Talant.

Il n’est pas sans intérêt d’examiner le site de la Charme d’Arans sur les confins de la commune. Le problème est de définir le statut de d’Aran ; s’agit-il du nom ancien du site ? Dans ce cas, nous pourrions avoir affaire à un ancien site bâti aujourd’hui disparu et il serait tentant d’y voir quelque frontière : le chemin suit très exactement la frontière communale entre Fontaine et Daix même si cette frontière ne semble pas avoir été très importante.

On pourrait avancer aussi – ce qui serait préférable- qu’il s’agit d’un nom de référence, de friches utilisées par des gens d’un village plus ou moins proche. Cette hypothèse semble plus raisonnable ; les charmes (variante phonétique de chaume) sont de mauvais terrains réservés généralement aux pâturages communaux, donc sans propriétaire désigné, ce qui explique l’absence de noms de propriétaires-contribuables sur l’état des sections. Ces noms de proximité sont très fréquents sur les cadastres ; on pourra citer ainsi à Dijon : les Charmes d’Asnières et les Crai(e)s de Pouilly. Il ne reste qu’à trouver quel était le village dont les habitants avaient le droit d’usage et il n’existe ici qu’une solution : Aran était assez vraisemblablement l’ancien nom gaulois de la butte de Fontaine.

On peut supposer que Fontaine – au temps de Vercingétorix et du Castrum divionense – était appelé Arinto(s) ou Aranto. La racine pré-latine qui a donné le nom d’Arans était probablement Arinto,  « frontière » ou mieux et plus simplement « montagne ». À une période difficile à préciser exactement, par suite de la rareté des formes anciennes antérieures à l’An Mil (disons dans la seconde partie du premier millénaire, en tout cas avant 822, première notation de Fontaine dans les archives), des maisons paysannes se sont construites au pied de la butte, là où il y avait de l’eau et c’est l’eau qui nomma la butte dont le nom primitif fut oublié complètement, sauf dans un site marginal. Au temps de saint Bernard, le nom actuel s’était imposé définitivement.

Gérard TAVERDET (d’après R[h]apsodies , Octobre 2021)

Voeux 2022

Vue sur la maison natale depuis les Charmes d’Aran. Cliché A. Lambert, 2021.

 

 

Que cet arc-en-ciel enjambant notre paisible colline et le val verdoyant s’étendant à ses pieds annonce à tous une belle année 2022.

Les vignes des Feuillants sous la Révolution

Au moment de la Révolution, les Feuillants1 avaient une des plus importantes surfaces en vigne de Fontaine. En dehors de leur enclos, ils étaient à la tête d’un clos, aux champs d’Aloux, d’une superficie de 2 journaux et six quartiers, ce qui en faisait le plus grand clos de Fontaine. À ce clos, s’ajoutaient un quartier aux Bois, 5 quartiers aux Crais Barbey, 3 quartiers aux Combottes et 3 autres aux Créots2 soit, en tout, près d’1,5 hectares3 sans compter les vignes de leur enclos. Après avoir constaté, au début du mois de juin 1790, que ces vignes, nationalisées le 2 novembre 1789, étaient complètement négligées et ainsi se détérioraient et perdaient de leur valeur, le maire de Fontaine, Bénigne Arlin, invite les religieux à les faire cultiver sans retard4. Les Feuillants répondent qu’ils refusent de continuer la culture de leurs vignes car ils n’ont pas pu les louer à un vigneron. Ils ont bien tenté de commencer à faire cultiver par eux-mêmes mais ils ont arrêté faute de ne pas récupérer l’argent avancé5. De plus, n’ayant rien reçu des pensions fixées par l’Assemblée nationale, ils n’ont déjà pas d’argent pour payer leur subsistance donc encore moins des ouvriers. Ils font donc abandon desdites vignes, non sans rappeler que la Nation s’en est emparée alors qu’elles avaient été acquises, en grande partie, grâce au fruit de leur épargne… Le district indique alors à la municipalité de les donner à bail. Mais qui voudrait louer des vignes dans un tel état à quelques semaines des vendanges s’interrogent les édiles de Fontaine? Ces vignes n’ont pas été fossoyées, c’est-à-dire que rien n’a été prévu pour en replanter une partie, les empêchant ainsi de pouvoir se renouveler. De plus, les paisseaux (échalas) font défaut, et les coups de labour ou meille, du nom de la sorte de pioche utilisée, n’ont pas été effectués. D’après les estimations des experts municipaux, le préjudice s’élève à 186 livres6. Selon eux, la seule solution est de faire bêcher et enlever les mauvaises herbes au frais du trésorier du district, qui se remboursera de cette avance, avec l’argent provenant de la mise aux enchères des raisins sur pied, huit jours avant les vendanges7. Les archives n’ont pas conservé la trace de ces vendanges et, quelques mois plus tard, le 2 mars 17918, toutes les vignes et l’enclos des Feuillants sont acquis aux enchères par un homme de lois dijonnais, Charles Alexandre Enguerrand.

Retour en images sur la sortie des Amis du Vieux Fontaine à Velars-sur-Ouche et Notre-Dame d’Étang le 5 juin 2018 organisée par Claude ROBERT