Saint Martin patron des vignerons de Fontaine-lès-Dijon

Si le culte de saint Vincent est le plus répandu parmi les vignerons, ceux de Fontaine vénéraient saint Martin. L’église située au sommet de la butte lui fut dédiée au milieu du XVIIIe siècle et le resta jusqu’en 1830 et jusqu’au XIXe siècle, il fut le premier patron de la paroisse, avant d’être supplanté par saint Bernard.

Sous l’Ancien Régime, plusieurs traditions locales, notamment l’échéance des baux, étaient liées à la Saint-Martin, célébrée le 11 novembre, date de son inhumation à Tours en 397.

Avant la Révolution, une confrérie de Saint-Martin existait déjà : un inventaire de 1788 mentionne le registre en parchemin de ses membres et en 1839, l’église paroissiale abritait un buste du saint et sa relique.

La charité de saint Martin est illustrée par le célèbre partage de son manteau : soldat au service de Rome, il rencontra à Amiens un homme transi de froid et lui offrit la doublure de sa cape, seule partie qui lui appartenait. La Saint-Martin est ainsi la fête du partage, mais aussi de l’abondance. Selon une autre légende, l’âne du saint brouta les rameaux d’une vigne pendant que son maître se reposait. Les pieds ainsi broutés ayant produit de plus belles grappes, les vignerons auraient eu l’idée de tailler régulièrement leurs vignes.

En 1842, la Société de secours mutuels, dite « des vignerons de Fontaine » et réorganisée en 1855, fut placée sous la protection de saint Martin. Destinée à aider les vignerons malades ou infirmes, elle imposait à ses membres d’assister en bonne tenue à la grand-messe et aux vêpres, ainsi que d’accompagner le bâton du saint.

Après la Première Guerre mondiale, la commémoration de l’armistice s’ajouta aux traditions de la Saint-Martin. Le bâton et la bannière étaient portés en procession jusqu’à l’église Saint-Bernard depuis la maison de leur gardien. Après la grand-messe, le De profundis en mémoire des enfants de Fontaine morts pour la France, puis le passage au monument aux morts et au cimetière, le bâton était confié au nouveau bâtonnier, homme ou femme, qui le conservait jusqu’à l’année suivante dans une châsse en bois.

L’usage du bâton et de la bannière disparut progressivement, sans doute avec la diminution du nombre de vignerons et le remplacement de la Société de secours mutuel par la Sécurité sociale. Les festivités paroissiales du soir souffraient aussi de la concurrence de la foire gastronomique et des réunions familiales. Le 11 novembre fut dès lors réservé aux cérémonies civiles. Du bâton et de la bannière, dont l’apparence demeure inconnue, nul ne sait ce qu’ils sont devenus. Témoins d’une longue tradition d’entraide et de solidarité, ils ont disparu dans l’indifférence, privant les générations présentes et futures de traces tangibles de cette histoire collective locale.

Sigrid Pavèse

Le rognage de la vigne avant le phylloxéra

La vigne est une plante à la croissance vigoureuse qu’il est nécessaire de maîtriser par ce que l’on appelle la « taille en vert », par opposition à la « taille sèche », pratiquée en hiver sur des sarments sans feuille.

Le rognage consiste à supprimer l’extrémité des pousses lorsqu’elles ont atteint une certaine longueur, car elles consomment une grande quantité de sève au détriment du développement des raisins.

À Fontaine, le rognage s’effectuait pendant la floraison[1]. Lorsque les pampres s’étaient étendus, le vigneron ou la vigneronne parcourait les vignes, une serpette à la main, et sectionnait les pousses trop longues à hauteur d’échalas. La végétation tombée à terre était ramassée et entassée dans des hottes ou des paniers.

Après le mouvement de sève d’août, surtout dans les années chaudes et pluvieuses, il fallait recommencer à étêter les ceps, afin d’arrêter la sève surabondante et de favoriser la maturation du raisin. Les années où les pampres se développaient outre mesure produisaient un vin de moindre qualité.

Au XIXe siècle, les cisailles à double lames, remplacèrent progressivement les serpes à rogner traditionnelles, dont les manches pouvaient être courts ou longs.

Sigrid Pavèse

[1] GENRET-PERROTTE, Rapport sur la culture de la vigne et la vinification dans la Côte-d’Or présenté le 2 octobre 1853 au Comité central d’agriculture de Dijon, Dijon, 1854. Fontaine-lès-Dijon, question 32.

La taille de la vigne plantée en foule

Avant le phylloxéra, quand les vignes n’étaient pas palissées et qu’elles étaient plantées en foule,  elles étaient menées en gobelet.

On taillait pendant le repos végétatif, quand la vigne était en dormance, hors période de gel et avant la montée de sève, en période de pleine lune et de préférence en mars pour éviter les gelées tardives et favoriser le retard de la sortie des bourgeons, afin de préparer un bon développement de la vigne pour la prochaine vendange.

Sur les deux à trois bras (branches) principaux à partir du cœur du cep, qui partaient dans des directions différentes, on coupait toutes les branches et on ne conservait que le brin qui tenait le plus au vieux bois. On le taillait à deux bourgeons aussi appelés yeux ou nœuds pour le gamay et à trois ou quatre selon sa force pour le pinot ou noirien qui était rare à Fontaine. Les raisins étaient ainsi mieux répartis sur le pourtour du cep sans être entassés, ce qui favorisait une meilleure aération et limitait l’apparition de maladies.

On se servait d’une serpe à talon qui portait à la partie convexe un fort taillant faisant office de petite hache : les vignerons s’en servaient lorsqu’il fallait couper le bois mort plus dur[1].

On ramassait les « tailles » et on liait les sarments coupés en fagots pour servir à allumer le feu.

Sigrid Pavèse

 

[1] MORELOT, Denis, La vigne et le vin en Côte-d’Or, 1831, éd. Cléa, p. 200.

Accoler ou lier la vigne avant le phylloxéra à Fontaine-lès-Dijon

Dessin de A. DU BREUIL, 1863 *

On attachait la vigne en plantant le paisseau puis, lorsqu’elle avait atteint assez de hauteur et qu’on pouvait craindre qu’elle soit abattue par le vent[1] , on l’attachait à nouveau. C’était l’accolage (littéralement : attacher par le col ou cou). On fixait les pampres de la vigne avec un ou deux liens à l’échalas qui leur servait de tuteur. Ces liens étaient ordinairement faits à Fontaine avec de la paille de seigle coupée à 30 cm de longueur (un pied) et mise à tremper la veille pour lui donner plus de flexibilité. C’étaient ordinairement les femmes qui étaient chargées de ce travail, donné à faire à la tâche à des manouvrières, quand ce n’était pas à la famille. Elles s’en acquittaient le plus rapidement possible, sans attention particulière. Elles saisissaient des deux mains les pampres, les rapprochaient et les liaient serrés à l’échalas ; où ils se trouvaient attachés en forme de botte, surtout s’ils étaient liés à deux liens. La moitié des grappes ainsi renfermées étaient privées des rayons du soleil et mûrissaient imparfaitement, surtout celles placées au nord des ceps. La maturité était ralentie, mais on craignait moins la pourriture après les pluies que la brûlure du soleil. On accolait donc à nouveau quand l’époque des grandes chaleurs était passée en ordonnant mieux les rameaux pour donner de l’air et du soleil au fruit et favoriser sa maturation.

Sigrid Pavèse

* Chargé de cours de viticulture au conservatoire impérial des arts et métiers dans Culture perfectionnée et moins couteuse du vignoble, Paris, 1863. Bibliothèque municipale de Dijon.

[1]GENRET-PERROTTE, Rapport sur la culture de la vigne et la vinification dans la Côte-d’Or présenté le 2 octobre 1853 au Comité central d’agriculture de Dijon, Dijon, 1854. Fontaine-lès-Dijon, question 33.

Le fiche-paisseaux

Le paisseau ou échalas permettait d’attacher les plantes dont la tige ou les rameaux étaient trop faibles pour se soutenir naturellement. Pour planter les paisseaux, qui étaient de grande perches d’1,60m environ et les enfoncer verticalement de 15 cm dans le sol, le vigneron pesait de tout le poids de son corps sur l’échalas. À la fin du XIXe siècle, avec la plantation sur fils de fer, les échalas sont moins hauts et plus gros aussi le vigneron utilise un « plante-paisseaux » ou « fiche-paisseaux » ou « fiche-échalas ».

Le plante-paisseaux pouvait se présenter sous la forme d’une tige en bois sur laquelle on fixait des crampons en métal, permettant de pousser avec les sabots[1]. Le sabot lui-même pouvait aussi être muni d’un « fiche-échalas » ou « croc à échalas » ou « clé-ficheuse ». C’était un crochet fixé à gauche ou à droite du sabot selon que le vigneron était droitier ou gaucher. Il pouvait être fixe ou amovible. Dans ce dernier cas, il s’attachait au sabot au moyen d’une sangle. Les deux parties métalliques crantées adhéraient de part et d’autre à l’échalas[2]. C’était cet instrument qui était jugé le plus pratique dans notre région. Malgré tout, l’échalassement était un rude labeur. Il exposait les vignerons à des accidents et le piétinement de l’ouvrier autour du cep pour enfoncer l’échalas détruisait en partie le bon effet du labour.

Sigrid Pavèse

 

[1] JOANNES Manuel, Le Bien public, « Hauteville-lès-Dijon, Cinq objets surprenants à découvrir au Musée de la vie paysanne autrefois », 26 février 2024.
[2] Documentation Émile DELESTRE (Musée de la vie paysanne autrefois, Hauteville-lès-Dijon).

La maison du pressoir construite par le chancelier Rolin en 1451 à Fontaine-lès-Dijon

En 1451, le chancelier Nicolas Rolin, qui a acquis la moitié de la seigneurie de Fontaine, fait édifier un bâtiment pour abriter un pressoir. Cette construction est connue par les dépenses et recettes consignées dans les registres de comptes que le chancelier faisait tenir[1].

La maison du pressoir, dont le chancelier est le maître d’ouvrage, est un bâtiment d’aspect rustique donnant sur une rue. Elle est entièrement en pierre et ne semble pas comporter de cave. Les moellons des murs, dont on ignore le traitement, sont liés au mortier de chaux[2]. L’édifice est protégé par une toiture en dalles de pierre calcaire appelées laves, ce qui nécessite des murs épais pour en supporter le poids. Le toit est garni d’une faitière en lave et de gouttières. Chaque pignon est percé de deux fenêtres dotées d’un barreaudage croisé. On pénètre dans le bâtiment par deux portes à battants dont l’une est couverte par un linteau en pierre. Portes et fenêtres sont habillées par un encadrement en pierre de taille blanche d’Asnières et munies de solide serrures. L’édifice est pourvu d’une cheminée. À l’intérieur, un cellier pour entreposer le vin du seigneur est fermé par une cloison en pans de bois[3].

L’édifice carré a environ 14,30 m de côté avec une hauteur de charpente de 6,63 m et un angle de toiture de 43°[4]. Les comptes ne précisent pas la localisation de l’édifice et il est difficile de faire correspondre les mentions textuelles avec les bâtiments anciens qui sont parvenus jusqu’à nous en présentant de multiples reprises. Parmi les édifices clairement identifiés ayant abrités des pressoirs banaux un siècle plus tard[5], une ancienne maison rurale de la rue basse (aujourd’hui, 7 rue Malnoury) figurant sur le cadastre napoléonien de 1810 est de mêmes dimensions que celles restituées par les comptes de 1451. La petite fenêtre verticale, de type jour, en pierre blanche avec un barreau pourrait tout à fait correspondre à une datation XVe siècle avec chanfrein. Cependant, elle est située à l’étage et sur un mur gouttereau alors que le texte évoque des fenêtres sur les murs pignons. Il s’agit probablement d’un remploi.

Sigrid Pavèse avec la collaboration d’Antoine Lacaille et Élisabeth Réveillon.

 

[1] Archives départementales de Saône-et-Loire, 2E 135.1 : Registre de comptes de 1451.
[2] La chaux pure est mélangée à de la terre argileuse.
[3] « Paulesson » correspond à du torchis et par extension peut-être à une cloison en pans de bois.
[4] Les dimensions ont été calculées par Antoine Lacaille à partir de la largeur des entraits (44 pieds), de la longueur des chevrons (30 pieds), de la surface de laves (47 toises) et du nombre de chevrons (43).
[5] CHOMTON (abbé Louis), Saint Bernard et le château de Fontaines-lès-Dijon, Dijon, 1894, tome II, p. 281 : En 1550, amodiation par Claude Rochefort, seigneur de Fontaine, des quatre pressoirs banaux. Archives départementales de la Côte-d’Or, seigneurie de Fontaine.