La halle du Perron

Plan d’alignement de la commune de Fontaine-lès-Dijon par Monsieur de Francheterre, géomètre, 1840 (ADCO, PM 1158).

La halle de Fontaine qui était située au cœur du village, à l’emplacement du parking du Perron créé en 1983, a été un haut lieu de la vie publique des vignerons de Fontaine pendant tout l’Ancien Régime, jusqu’à sa démolition en 1878. Flanquée d’une croix donnant rue de la Confrérie, c’était un édifice sans fermeture et sans porte au rez-de-chaussée. Il avait d’abord un rôle économique. En effet, lorsqu’arrivaient des marchandises à Fontaine, tels que tonneaux, cercles et paisseaux (échalas), ils étaient déposés là, avant d’être récupérés par leur destinataire. Fontaine n’avait pas de bois et celui des milliers de paisseaux nécessaires pour attacher la vigne venait de l’extérieur. La halle servait aussi d’abri aux ouvriers et de place pour les vendanges. Elle avait aussi un rôle culturel. Les jours de fêtes on s’y réunissait pour jouer aux quilles, danser… Enfin, l’édifice a toujours été le lieu de la publication à faire aux habitants[1]. Mais avant la Révolution, c’était aussi le siège de la justice communale. Tout au long de l’année, il y avait là des audiences ordinaires de justice appelés « jours » et, en octobre ou novembre, se tenaient « les grands jours », qui étaient des audiences extraordinaires[2]. Lors de ces assises annuelles, tous les chefs de familles payant l’impôt étaient convoqués et punis d’une amende s’ils ne se présentaient pas sans excuse valable. Le juge, représentant l’État central dans la seigneurie, lisait les arrêts et règlements du parlement de Dijon concernant la commune, comme l’interdiction du grappillage dans les vignes. Ensuite, les habitants désignaient leurs « officiers » ou agents du village, tels les vigniers qui assuraient la police de la vigne pour un an et qui prêtaient aussitôt serment de vaquer aux fonctions de leur charge « en honneur et conscience ». Puis, le juge recevait les plaintes et les requêtes de toute nature, aussi bien individuelles que celles de la communauté. Ainsi voit-on les habitants demander de sommer un marchand vinaigrier d’enlever les « gennes » (résidus des grappes) qu’il laissait dans la rue après les avoir passées par son alambic[3]… Le juge réprimait les abus en appliquant la loi. Il pouvait condamner à des amendes car cette justice avait compétence au civil et au pénal.[4]. C’était également sous la halle qu’était proclamée à son de trompe et de cris publics l’ouverture du ban de vendange avec, pendant longtemps, l’accueil de la municipalité de Dijon, qui en profitait pour exercer son droit de justice comme seigneur d’une partie de Fontaine. L’audience était suivie de repas pantagruéliques[5]. Ce bâtiment chargé d’histoire n’a pourtant laissé aucune trace à Fontaine. (Sigrid Pavèse)

[1] Archives départementales de la Côte-d’Or (ADCO), II O 296, 28 novembre 1815, 29 janvier 1816 : opposition de la commune à la prise de possession de la halle par le receveur des domaines en vertu de la loi de 20 mars 1813.
[2] HAYHOE (Jérémie), «  La police aux Grands jours dans la Bourgogne du Nord » dans BRIZAY (François), FOLLAIN (Antoine), SARRAZIN (Véronique) (dir.), Les justices de village, PUF de Rennes, p. 205-207.
[3] ADCO, C 531, 4 janvier 1781.
[4] LISBERNEY (Jean), « La justice de Fontaine-lès-Dijon au XVIIIe siècle », Mémoire de la Société pour l’histoire du droit et des institutions des anciens pays bourguignons, 1938, tome 5, 1938, p. 207-209.
[5] PAVÈSE (Sigrid), « Le ban des vendanges à Fontaine-lès-Dijon », Bulletin des Amis du Vieux Fontaine, n° 139, septembre 2016.

La clé de voûte de la coupole de la chapelle Saint-Bernard dans la Maison natale

À gauche, la lithographie de la clé de voûte armoriée de la coupole de la chapelle Saint-Bernard a été exécutée par Louis Edmond Chapuis, peintre et graveur dijonnais (1851-1934) d’après un dessin du sculpteur Frédéric Creusot (Semur-en-Auxois, 1832-Dijon, 1910)[1]. L’architecte des restaurations de la Maison natale, Paul Selmersheim, avait accrédité Frédéric Creusot pour rétablir les sculptures des coupoles, en forme de couronnes royales qui avaient été altérées après la vente de la Maison natale comme bien national en 1793.

Les religieux Feuillants qui avaient acquis la Maison natale en 1613 avaient obtenu de Louis XIII qu’il soit le fondateur de leur monastère. Pour constituer leur église, ils avaient transformé les salles basses de l’ancien donjon en chapelles qu’ils avaient décorées grâce aux libéralités du roi. En 1619, la chapelle qui était considérée comme le lieu de naissance de saint Bernard et avait abrité un oratoire primitif était dédiée au roi. C’est ainsi que dans cette chapelle le chiffre de Louis XIII se trouve sur chaque entablement des colonnes géminées, sur l’arcade en anse de panier au-dessous des  tribunes et quatre fois sur l’entablement sphérique des coupoles. Quant à ses armoiries, elles sont placées sur la clé de voûte. L’écu, au centre, porte deux écussons, l’un aux armes de France avec ses fleurs de lys, accolé à un second aux armes de Navarre avec ses chaînes. Il est  tourné vers l’autel de la chapelle. Sa pointe, ornée du L entrelacé de feuilles de lauriers, regarde l’entrée. Ce blason est surmonté de la couronne royale fleuronnée de fleurs de lys. Il est entouré de deux colliers. Le premier est celui de Saint-Michel reconnaissable à ses coquilles et à son médaillon représentant saint Michel terrassant le dragon. Le deuxième est celui du Saint-Esprit formé d’un cordon de fleurs de lys où s’intercalent les L de Louis XIII et d’une croix à quatre branches égales  dont l’avers présente une colombe. Un cartouche à enroulements découpés enserre des dauphins en supports. À la partie supérieure, la tête de la dépouille d’un lion surmonte une tête d’ange aux ailes déployées, tandis que les pattes arrières de la bête prennent la place de la queue des dauphins.

Sigrid Pavèse avec la collaboration d’Élisabeth Réveillon

[1] Chomton Louis, Saint Bernard et le château de Fontaines-lès-Dijon, tome 1, Dijon, 1891, planche 8.

 

Fontaine-lès-Dijon dans Le Bien public de 1952-1953

Une partie de la foule au « clos des Feuillants » le 20.9.1953.

En 1952, la rubrique Fontaine-lès-Dijon n’apparaît que pour informer, comme chaque année depuis 1945, de la cérémonie du 25 août organisée par l’Amicale du maquis Liberté et la municipalité, en souvenir de Darnet et Pontiroli, devant la stèle commémorative de leur exécution sommaire.

L’année 1953 est plus bavarde. Les différentes manifestations intellectuelles, touristiques, artistiques et religieuses célébrant le huitième centenaire de la mort de saint Bernard sont largement couvertes au niveau régional avec de nombreuses photos. À Fontaine même, un avis nous apprend qu’une réunion pour la préparation des fêtes a lieu en mars au café de la Place, qui était alors doté d’une salle dédiée aux rassemblements publics. C’est à Fontaine en effet que se clôturent, le 20 septembre 1953, les cérémonies de cette année bernardine. Un plan de circulation accompagné d’explications paraît le 20 et, le lendemain, un reportage sur trois pages, dont deux uniquement de photos, fait le récit de ces fêtes qui se sont déroulées sur deux jours, à Dijon et Fontaine. Il titre sur la participation de 35 000 personnes et une photo sur une demi-page montre une partie de la foule dans le clos des Feuillants, à l’ouest de la Maison natale, la place étant trop petite pour accueillir une telle multitude.

En 1953, Fontaine compte 802 inscrits sur les listes électorales comme nous l’apprend un entrefilet d’avril 1953 sur le résultat des élections municipales, sans qu’à Fontaine, aucun autre article ne les évoque autrement. La participation est alors de 71% et pas un des 13 conseillers élus conduits par Léonce Lamberton n’obtient moins de 86% des voix.

Plusieurs articles indiquent le caractère toujours rural de la commune comme celui où le président du syndicat des fruits communique que l’atelier de distillation ne se tiendra pas près de la mare comme habituellement mais chemin Saint-Martin, la raison de ce changement de lieu n’étant pas indiquée. Quant au rappel par la municipalité que des ordres très stricts ont été donnés aux gardes-champêtres pour dresser des procès-verbaux à l’encontre des visiteurs du cimetière qui ont pris l’habitude de jeter les fleurs fanées enlevées de leurs tombes n’importe où, y compris sur celles du voisinage, alors qu’il existe un lieu de collecte fort visible à l’extérieur du cimetière, il redit que commune rurale ou pas, les incivilités ont toujours existé mais que les chargés de l’ordre ont changé d’appellation.

Néanmoins le passage du rural à l’urbain se fait sentir avec le signalement, lié aux travaux d’adduction d’eau, d’un arrêt de distribution d’eau potable le 17 juin dans le vieux village ou, en juillet, avec l’avis d’extension du service de ramassage des ordures ménagères à de nouvelles voies. Le signalement que les débris de verre, les tailles d’arbustes et particulièrement les branches de rosiers ne font pas partie des ordures ménagères montrent que le tri est ancien mais que les récipients de collecte ne sont pas encore normalisés puisqu’il est noté que leur poids, y compris leur contenu, doit offrir la possibilité d’un chargement par un seul homme et que les caisses en bois sont interdites compte-tenu des accidents que les clous peuvent occasionner. N’oublions pas que jusqu’en 1964, il n’existe qu’un seul préposé à l’enlèvement des ordures ménagères qui le fait avec un tombereau hippomobile.

Pendant que l’équipement de la commune se poursuit pour faire face aux mutations en cours, la guerre d’Indochine continue comme en témoigne la relation des obsèques à Fontaine-lès-Dijon, le 30 janvier 1953, du capitaine Poitau mort au Tonkin le 5 avril 1952. Il laisse une veuve et quatre jeunes enfants.

Sigrid Pavèse

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Sur les pas d’Israël Silvestre

On doit à Israël Silvestre, la seule vue qui nous donne un aperçu de la butte de Fontaine-lès-Dijon au milieu du XVIIe siècle : c’est pourquoi le nom du maître à dessiner du grand dauphin, le fils ainé de Louis XIV, a été donné à une rue du quartier des Champs Rémy. Désireux de mieux connaître les lieux qui ont retenu l’attention de leur illustre ancêtre, l’association Saga Silvestre, qui regroupe les parents et amis de la lignée d’artistes dont fait partie Israël Silvestre, a demandé aux Amis du vieux Fontaine de bien vouloir la guider pour découvrir les traces du patrimoine architectural en lien avec le dessin d’Israël Silvestre et la gravure qu’en a tiré Gabriel Pérelle.

 

Journées européennes du patrimoine

Le presbytère de Fontaine-lès-Dijon a été à l’honneur pour les journées du patrimoine. Grâce à l’obligeance de Monsieur le curé qui a bien voulu ouvrir le lieu pour les journées du patrimoine. Près d’une trentaine de personnes a eu le privilège de pouvoir admirer le décor raffiné et remarquablement conservé de cette maison mais aussi d’apprécier les terres cuites au sol, la poutraison, la belle cheminée XVIIe de l’ancienne cuisine, la voûte de ce qui fut la laiterie attenante, l’importance des caves et la douceur de vivre dans le grand jardin.

Le vignoble aux Champs-Rémy en 1997

Nicole Lamaille, Paysage, aquarelle sur papier, 2020.

Nicole Lamaille, Paysage, aquarelle sur papier, 2020.

On a du mal à reconnaître une vue de Fontaine-lès-Dijon dans ce tableau. Pourtant, Nicole Lamaille l’a peint en 2020 d’après une photo qui avait été prise lors des vendanges de septembre 1997 avant que ne soit lotis les Champs-Rémy et tous les détails sont fidèles à la réalité de l’époque.

Au premier plan figure un benaton, ce panier traditionnel rectangulaire en osier, emblématique des vendanges à Fontaine et dans la côte de Nuits, qui pouvait contenir jusqu’à 30 kg de raisin.  Comme on le voit, la poignée est située au milieu dans le tressage de l’osier. Posé sur l’épaule ou sur la nuque, on le portait d’une main par-dessus la tête. Débordant de fruits, il est prêt à partir pour le pressoir du 5 rue François Malnoury. En effet, la vigne appartenait alors à Monsieur et Madame Guignon qui la cultivaient pour leur consommation personnelle et faisaient leur vin eux-mêmes. Elle était vendangée en famille et avec des amis.

La vigne est celle que le père de Monsieur Guignon avait plantée en 1937 en Seibel 5455 avec un intervalle entre les rangs de 1 m et 0,80 m entre les ceps. Elle longe un champ qui a permis dans sa partie haute, l’agrandissement du cimetière et laissé place, dans sa partie basse, au lotissement du quartier des Champs-Rémy à partir de 1999. La haie située au fond existe toujours. Elle a été conservée et a servi de structure, avec une autre qui lui est parallèle, à l’aménagement paysager de l’extension du cimetière. Derrière, à l’horizon et à droite, émerge le blanc des bâtiments du centre commercial de la Toison d’Or inauguré en 1990 mais le parc d’activités Valmy, à gauche, ne sera pas développé avant 2002.

Aujourd’hui, la parcelle est devenue la Vigne de Fontaine. Le benaton bien commode en cas de pluie et qui ventilait le raisin à travers l’osier est remplacé par des bacs en plastique plus légers, plus faciles à empiler et moins chers. Les cépages sont du Pinot et du Chardonnay et la pressée a lieu hors de Fontaine. La vigne a bien été intégrée dans l’extension urbaine mais la construction des immeubles collectifs a impacté la perspective sur Dijon par rapport au point de vue que l’on pouvait avoir en 1997.

Sigrid Pavèse

Le portrait de Madeleine de Blancey, baronne de Joncy

Madeleine de Blancey, baronne de Joncy, huile sur toile, 83 cm x 64 cm, Attribué à Nonotte.

En 1776, pendant son veuvage survenu en 1766, Madame de Joncy (1725-1796), née Marie-Madeleine Bernard de Blancey, avait acquis à Fontaine-lès-Dijon un vaste domaine, dont les limites correspondraient aujourd’hui à la rue du Lieutenant-colonel Clère, la rue des Carrois, la rue de la Confrérie et la rue Bernard-Mathey. L’opulence de cette maison de campagne, qu’elle vendra en 1796, était le miroir de la fortune et de la sociabilité d’une fille, épouse et mère de parlementaires dijonnais. Tout au long de la saison d’été, l’hospitalité y était généreuse. On y partageait l’agrément d’un grand jardin, objet de soins attentifs. Le décor et les meubles de cette demeure fontainoise illustraient le raffinement de la maîtresse de céans dont on a la chance d’avoir conservé un portrait.

D’après le costume et la coiffure, le portait de Mme de Joncy pourrait avoir été peint vers 1750, à l’époque de son mariage[1] avec Pierre-François Cottin de Joncy (1719-1766). Le cartel ajouté au XIXe siècle ne précise pas la date de réalisation. Représentée en buste, de face, sur fond de ciel sombre et de frondaisons, la jeune femme est vêtue d’une robe blanche dont les larges manches sont resserrées par un lien de perles; un petit volant borde le décolleté. Une large écharpe de soie bleu clair[2], drapée en travers du buste, est retenue sur l’épaule gauche et, au niveau de la taille, par deux broches. Les cheveux poudrés sont coiffés en rouleaux à boucles serrées et le sommet de la tête est orné d’un affiquet bleu (petit bijou qu’on agrafait) en forme de fleur. La pose statique et le luxe du vêtement désignent un portrait officiel. La toile est présentée dans un cadre sculpté de coquilles et de tiges de fleurs de style rococo.

Ce tableau est passé en vente à Drouot le 26 mai 2008[3]. La notice du catalogue indique «attribué à Donat Nonnotte (1708-1785), vers 1745/1750 » mais cette attribution qui figure sur le cartel ne convainc pas les spécialistes[4].  Le regard fixe, les traits idéalisés, la physionomie peu expressive de Mme de Joncy sont éloignés de la manière du peintre. « Dans ses portraits de femmes de la haute société lyonnaise qui sont dans le paraître, il y a toujours chez Nonnotte un souci de réalisme dans les traits ou le regard. Il donne également aux carnations une luminosité plus soutenue, et les yeux ont souvent une petite touche dorée que l’on retrouve aussi dans ses portraits d’hommes. (De plus), l’importance donnée ici au pan de soie qui barre le buste de cette jeune femme n’est pas dans les habitudes du peintre. Ses drapés sont plus sages et il n’accorde pas autant de brillance et de virtuosité à ce type d’ornement artificiel »[5].

L’attribution de ce beau portrait, apparemment dans son cadre sculpté d’origine, semble donc discutable mais cette peinture rend à Mme de Joncy son identité.                                                                                                                                                                                 Sigrid Pavèse, Élisabeth Réveillon

[1] 9 février 1750, dans l’église collégiale et paroissiale Saint-Jean de Dijon
[2] On peut voir une écharpe semblable dans le portrait de Madame de La Porte par Jean-Marc Nattier, 1754.
[3] https://www.gazette-drouot.com/lots/451887
[4] MARTIN-DE VESVROTTE (Sylvie). Les portraits de femmes dans la carrière de Donat Nonnotte ». Bulletin des-musée et monuments lyonnais. 1992, n°. 3-4, p. 26-49.
[5]Remerciements à Sylvie de Vesvrotte pour son analyse du tableau (communication du 8.9.2020).