- Affiche paroissiale de la Saint-Martin 2022.
- Chapelle Saint-Martin. Saint Martin par René Feuillié. Cliché Michel Laignelet.
- Chapelle Saint-Martin. Saint Martin par sœur Augé, abbaye de Venière.
Si le culte de saint Vincent est le plus répandu parmi les vignerons, ceux de Fontaine vénéraient saint Martin. L’église située au sommet de la butte lui fut dédiée au milieu du XVIIIe siècle et le resta jusqu’en 1830 et jusqu’au XIXe siècle, il fut le premier patron de la paroisse, avant d’être supplanté par saint Bernard.
Sous l’Ancien Régime, plusieurs traditions locales, notamment l’échéance des baux, étaient liées à la Saint-Martin, célébrée le 11 novembre, date de son inhumation à Tours en 397.
Avant la Révolution, une confrérie de Saint-Martin existait déjà : un inventaire de 1788 mentionne le registre en parchemin de ses membres et en 1839, l’église paroissiale abritait un buste du saint et sa relique.
La charité de saint Martin est illustrée par le célèbre partage de son manteau : soldat au service de Rome, il rencontra à Amiens un homme transi de froid et lui offrit la doublure de sa cape, seule partie qui lui appartenait. La Saint-Martin est ainsi la fête du partage, mais aussi de l’abondance. Selon une autre légende, l’âne du saint brouta les rameaux d’une vigne pendant que son maître se reposait. Les pieds ainsi broutés ayant produit de plus belles grappes, les vignerons auraient eu l’idée de tailler régulièrement leurs vignes.
En 1842, la Société de secours mutuels, dite « des vignerons de Fontaine » et réorganisée en 1855, fut placée sous la protection de saint Martin. Destinée à aider les vignerons malades ou infirmes, elle imposait à ses membres d’assister en bonne tenue à la grand-messe et aux vêpres, ainsi que d’accompagner le bâton du saint.
Après la Première Guerre mondiale, la commémoration de l’armistice s’ajouta aux traditions de la Saint-Martin. Le bâton et la bannière étaient portés en procession jusqu’à l’église Saint-Bernard depuis la maison de leur gardien. Après la grand-messe, le De profundis en mémoire des enfants de Fontaine morts pour la France, puis le passage au monument aux morts et au cimetière, le bâton était confié au nouveau bâtonnier, homme ou femme, qui le conservait jusqu’à l’année suivante dans une châsse en bois.
L’usage du bâton et de la bannière disparut progressivement, sans doute avec la diminution du nombre de vignerons et le remplacement de la Société de secours mutuel par la Sécurité sociale. Les festivités paroissiales du soir souffraient aussi de la concurrence de la foire gastronomique et des réunions familiales. Le 11 novembre fut dès lors réservé aux cérémonies civiles. Du bâton et de la bannière, dont l’apparence demeure inconnue, nul ne sait ce qu’ils sont devenus. Témoins d’une longue tradition d’entraide et de solidarité, ils ont disparu dans l’indifférence, privant les générations présentes et futures de traces tangibles de cette histoire collective locale.
Sigrid Pavèse


